Ligue des champions africaine – Patrice Carteron : « Al-Ahly, c’est 70 millions de supporters »

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Avant la finale aller de la Ligue des champions africaine le 2 novembre face à l’Espérance Tunis, l’entraîneur français Patrice Carteron revient pour Jeune Afrique sur la pression qui entoure le grand club cairote, mais également sur ses expériences africaines, avec le TP Mazembe ou au Mali, marquées par des résultats significatifs.

Patrice Carteron a déjà remporté la Ligue des champions de la CAF en 2015 avec le TP Mazembe. L’entraîneur français (48 ans) pourrait rééditer cette performance avec Al-Ahly Le Caire, déjà titré huit fois. Avant la finale aller du 2 novembre face à l’Espérance Tunis, il revient pour Jeune Afrique sur la pression qui entoure le grand club cairote, mais également sur ses expériences africaines, au Mali ou chez les Corbeaux de Lubumbashi, toutes marquées par des résultats significatifs.

Carteron pourrait devenir le premier entraîneur à gagner la C1 à la tête de deux clubs différents. A condition d’écarter l’Espérance, un autre mastodonte du continent, que les Red Devils égyptiens ont croisé lors de la phase de groupes (0-0, 1-0). Les deux équipes s’étaient déjà croisées en finale en 2012, et les Cairotes avaient ramené le trophée chez eux (1-1, 2-1).

Jeune Afrique : En 2015, vous étiez à la tête du TP Mazembe, et le club congolais avait remporté la Ligue des champions face à l’USM Alger (2-1, 2-0). La pression est-elle la même avec Al-Ahly ?

Patrice Carteron : Al-Ahly, c’est plus de 70 millions de supporters en Égypte, mais sans doute aussi dans d’autres pays. C’est le club le plus titré d’Afrique. Il y a ici une pression populaire assez incroyable, dans une ville tentaculaire où il y a la rivalité avec Zamalek, l’autre grand club cairote. Je ne sais pas exactement combien de supporters a le TP Mazembe, Lubumbashi est une ville plus calme que Le Caire, cela n’empêche pas que la pression y est aussi très présente, et il y a dans les deux cas un vrai point commun : l’exigence des résultats. Quand j’avais signé à Mazembe, en 2013, on m’avait dit qu’il fallait des titres. Ici, c’est exactement la même chose. Quand vous disputez une compétition, c’est pour la gagner.

Les deux clubs ne sont pourtant pas structurés de la même manière…

C’est vrai. À Mazembe, tout ou presque repose sur un homme, Moïse Katumbi. Il injecte beaucoup de son argent personnel pour permettre à son club de rester au plus haut niveau. En RD Congo, comme dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne, il n’y a pas une grosse culture du sponsoring. En Afrique du Nord, c’est différent. À Al-Ahly, il y a une direction où sont présents de nombreux anciens joueurs du club. Le club est riche, car il a de nombreux partenaires économiques. Ce sont deux modèles différents, mais qui ont fait leurs preuves.

Ici, tout est démesuré et excessif, dans la victoire comme dans la défaite

Quand vous avez été nommé entraîneur d’Al-Ahly, le club n’était pas au mieux en Ligue des champions…

Il ne comptait qu’un point après deux journées en phase de poules. Je sais que si je n’avais pas réussi à qualifier l’équipe pour les quarts de finale, j’aurais sans doute quitté Le Caire. Ici, tout est démesuré et excessif, dans la victoire comme dans la défaite. Comme les résultats sont plutôt bons, j’avoue que j’ai du mal à avoir une vie sociale. Je ne sors de chez moi que pour aller travailler, sinon, je vais passer mon temps à discuter, à faire des photos ou à signer des autographes, même si la notoriété a du bon, il ne faut pas se mentir.

On m’a proposé d’entraîner Al-Ahly alors que j’étais aux États-Unis, à Phoenix Rising FC, où j’avais le privilège d’entraîner Didier Drogba. Je n’ai pas hésité à accepter ce challenge, même si la situation de l’équipe en Ligue des champions était un peu compliquée. J’avais déjà entraîné en Égypte, à Wadi Degla, de janvier à juin 2016. Je m’étais rendu compte de ce que représentait Al-Ahly ici. Je suis le premier français à coacher cette équipe. Si je peux l’aider à remporter la Ligue des champions, ce serait fantastique. Mais je serai quand même assez loin de Manuel José, qui l’a remporté quatre fois avec Al-Ahly (2001, 2005, 2006, 2008)… Ici, c’est une véritable légende !

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                                                                               Rebecca Blackwell

J’ai pris goût à l’Afrique, à la passion qui y existe pour le foot

Vous avez également entraîné le Mali, avec qui vous avez décroché la troisième place lors de la CAN 2013. Aimeriez-vous redevenir sélectionneur ?

Pourquoi pas ? Entraîneur et sélectionneur, ce n’est pas la même chose. Un sélectionneur ne voit ses joueurs que quelques jours par mois, pour les dates de la FIFA, et un peu plus en cas de qualification à une grosse compétition comme la CAN. Mais c’est aussi un poste exposé, car c’est tout un pays qui veut des résultats. Et la pression est énorme. Je ne sais pas de quoi sera fait mon avenir. Si on perd la Ligue des champions, que se passera-t-il ? Je ne le sais pas, même si j’ai signé deux ans. J’aurais pu revenir aussi en France [il a entraîné Cannes et Dijon, ndlr] il y a un an, mais j’avais refusé. J’avoue que j’ai pris goût à l’Afrique, à la passion qui y existe pour le foot. Après Mazembe, je découvre celle d’Al-Ahly. On fait de nous le favori de cette finale. Mais l’Espérance Tunis, c’est une grande équipe. J’espère juste que tout se passera bien…

Que voulez-vous dire ?

J’ai vu des images de la demi-finale retour de l’Espérance face aux angolais de Primeiro de Agosto (4-2, 0-1 à l’aller). Les violences dans les tribunes entre supporters et forces de l’ordre. Et des décisions arbitrales curieuses, notamment quand l’arbitre a refusé un but parfaitement valable aux Angolais, un but qui les qualifiaient. Ce qui est positif, c’est que l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) sera utilisée lors de cette finale. Cela évitera les erreurs…

JEUNE AFRIQUE