Abidjan, le 23 août 2025 – L’auditorium de la mosquée Salam du Plateau a vibré ce samedi au rythme de la première édition du Forum des Acteurs de la Finance Islamique (FACFI). Placé sous le thème « Vers une finance éthique, inclusive et adaptée à nos réalités africaines, en particulier la Côte d’Ivoire », ce rendez-vous inédit a rassemblé guides religieux, experts et acteurs institutionnels pour réfléchir aux opportunités offertes par la finance islamique.
Une cérémonie d’ouverture spirituelle et engagée, le forum a démarré par une psalmodie du Saint Coran récitée par le frère Ahmad Konaté, avant les interventions officielles. Dans son mot, le Coordonnateur général du FACFI, M. Madou Dao, a donné le ton : « Ce forum est le point de départ d’un mouvement. Nous voulons bâtir une finance qui concilie nos réalités africaines avec les principes universels de la Chari’a ».
Plusieurs personnalités ont marqué la cérémonie d’ouverture par leurs allocutions.
- Le Président du CNJCI, M. Ibrahima Diabaté
- Le représentant du Secrétaire exécutif du CHAMCI et Directeur général d’Islam Info, M. Ousmane Doukouré
- 2ème adjoint au maire de la commune de Treichville M. mory CAMARA
- L’amir national de l’AEEMCI M. Youssouf BAMBA

Le parrain de la cérémonie, M. Ibrahim Coulibalya exhorté les institutions à « faire preuve de transparence afin de redonner confiance aux citoyens dans la gestion de leurs finances ».

Conférences : identifier les freins et poser les bases
La première conférence, animée par Dr Diomandé Ousmane, a dressé un état des lieux sans complaisance. Selon lui, « le principal frein reste la méconnaissance. Beaucoup pensent que la finance islamique est réservée aux musulmans, alors qu’elle repose avant tout sur des principes universels de justice et de partage ». Il a également évoqué le manque d’instruments financiers adaptés et l’absence d’un cadre réglementaire clair.

Les débats se sont intensifiés lors des panels.
Sur le thème « Comment faire un crédit ou investir sans Riba ? », Dr Siaka Diarra, spécialiste en jurisprudence islamique, a rappelé que « l’interdiction du Riba n’est pas une sanction arbitraire. C’est une manière d’éviter l’injustice économique et l’exploitation des plus faibles ».
Pour sa part, M. Touré Sory, fondateur de Dexterity Africa, a mis en lumière la soif d’investissement éthique : « Chaque jour, des jeunes entrepreneurs me demandent comment investir sans tomber dans l’intérêt. La solution existe, mais il faut vulgariser les mécanismes islamiques comme la Mourabaha, le Moudaraba ou encore la Musharaka ».

Enfin, Dr Koroma Tinnon, Directeur du Suivi et de l’Évaluation des Projets au ministère des Finances, a lancé un appel à l’action : « L’État doit accompagner la création de fonds islamiques nationaux capables de financer des projets agricoles, industriels et sociaux. C’est ainsi que nous ferons de la finance islamique un véritable levier de développement ».
La clôture intellectuelle a été marquée par l’intervention de l’imam Cissé Djiguiba, directeur général du groupe média Al Bayane. Pour lui, « la finance islamique restera théorique si elle n’est pas expliquée simplement. Nous avons le devoir, en tant qu’imams et médias, d’enseigner ces principes aux fidèles et au grand public ».

En clôturant la rencontre, le Coordonnateur général du FACFI, M. Madou Dao, a adressé ses remerciements aux guides religieux, partenaires institutionnels et participants. Mais il a aussi lancé un ultimatum : « Le succès de cette première édition nous engage. L’année prochaine, nous vous donnons rendez-vous pour une deuxième édition encore plus grande et plus structurée. C’est une promesse que nous devons tenir ensemble ».

Au terme de cette première édition, un message s’impose : la finance islamique n’est plus un concept lointain. Elle se positionne désormais comme une alternative crédible, adaptée aux besoins de l’Afrique, et porteuse d’un modèle économique plus juste et inclusif.
DIANE MOUSSA
