20e FESTIVAL MAWLID DES SOUFIS EN CÔTE D’IVOIRE

La communauté soufie ivoirienne célèbre l’amour du Prophète et l’engagement pour une société responsable

Treichville, du 31 décembre 2025 au 03 janvier 2026,  la Communauté Musulmane des Soufis de Côte d’Ivoire a clos ce samedi la 20ème édition de son festival annuel du Mawlid, dédié à la célébration de la naissance du Prophète Mohammed (PSL). Placé sous un parrainage prestigieux associant autorités spirituelles et politiques, l’événement a transcendé la simple commémoration religieuse pour se muer en une plateforme de dialogue sur la contribution du soufisme à l’édification d’une « société responsable ».

L’événement est passé sous l’autorité spirituelle du grand guide El Hadji Cheick Soufi Bilal et le patronage du Conseil Supérieur des Imams et des Affaires Islamiques (COSIM). Le parrainage de M. Gaoussou Touré, Ministre-Gouverneur du District Autonome du Denguélé, et la présidence de Cheick Sonta Moustapha, président de la section ivoirienne de la Fondation Mohamed VI des Oulémas Africains, ont souligné l’ancrage institutionnel et le rayonnement national de cette manifestation.

Le cœur des débats de la journée officielle du 3 janvier a battu autour du thème central : « Quelles contributions de la communauté soufie pour une société responsable ? ». cette réflexion a été animée par l’Imam Cheikh Mohamed Abdelkoudouss Traoré de Toumoudi.

Dans un discours percutant, ce dernier a placé la paix individuelle comme fondement indispensable de toute paix communautaire ou mondiale. « La spiritualité est l’aspect profond de l’islam. Nous avons pris cet aspect pour dire à chacun de se rapprocher de la spiritualité afin de pouvoir collaborer les uns avec les autres », a-t-il expliqué. Fustigeant tout repli communautaire, il a insisté sur l’impératif du dialogue et de la collaboration avec les non-musulmans : « Si un musulman […] ne peut pas collaborer avec les non-musulmans, je crois que l’islam n’a pas demandé ça. […] Comment les appeler à l’islam sans collaborer avec eux ? ».

Cette vision d’un islam ouvert et socialement engagé a été réaffirmée par les responsables de la communauté. M. Touré Ibrahima Malcom, président national du bureau exécutif, a présenté le festival comme un moment de « ressourcement » pour les disciples venus de plus de 195 bases à travers le pays et la sous-région. Il a rappelé que le soufisme, tel que pratiqué par leur guide El Hadj Cheick Soufi Konaté, intègre naturellement le sport et la culture à la vie spirituelle : « Nous sommes dans la société, nous vivons dans la société ».

Interrogé sur la contribution des Soufis, un guide spirituel a résumé leur philosophie par leur slogan : « Paix universelle et pureté intérieure ». « Un bon croyant doit être quelqu’un qui respecte son prochain, qui œuvre pour le bien-être de la communauté. Celui qui n’offense pas son prochain car il n’a pas la même compréhension ou la même foi que lui », a-t-il déclaré.

Sur le plan pratique, le festival a offert un riche programme sur quatre jours : accueil des délégations, lectures coraniques, prières (comme la Wazifa Quadria), nuits artistiques avec concours de cantiques (Madih), et une nuit culturelle. Cette diversité d’activités reflète la volonté de la communauté de toucher l’être humain dans sa globalité – esprit, corps et âme.

En célébrant le Mawlid, la communauté soufie ivoirienne a accompli plus qu’un acte de dévotion. Elle a publiquement positionné la spiritualité soufie, avec son accent sur l’amour, la paix intérieure et le service social, comme une ressource vitale pour répondre aux défis de la cohésion sociale et de la responsabilité citoyenne. Dans un monde souvent fracturé, leur appel à construire, par la collaboration et le respect mutuel, « un monde de paix, de prospérité et d’amitié », résonne comme un plaidoyer aussi spirituel que politique. La 20ème édition du festival Mawlid à Treichville restera ainsi comme celle où les Soufis ont invité, avec ferveur et conviction, à cultiver la paix en soi pour la répandre autour de soi.

 

DIANE MOUSSA