Au cœur du litige, un dysfonctionnement administratif : les fichiers de l’État montrent deux attributions contradictoires pour un seul terrain. La mosquée ALIF d’Attoban en paie le prix fort.
La mosquée ALIF d’Attoban, pilier spirituel de la communauté musulmane locale, traverse l’une des périodes les plus critiques de son histoire. Un conflit foncier ancien, nourri par des attributions administratives controversées et des revendications privées, fait aujourd’hui planer la menace d’une destruction imminente du lieu de culte.
À l’issue d’une réunion extraordinaire, la Communauté Musulmane de la Riviera (CMR), au grand complet, s’est rendue sur le terrain jouxtant la mosquée ALIF, objet de toutes les convoitises. Sur place, les responsables communautaires ont constaté la persistance d’une revendication portée par un opérateur économique libanais, qui se prévaut de documents juridiques pour affirmer être le propriétaire du site.

Une affirmation qui heurte profondément la communauté, d’autant plus que ce terrain est officiellement destiné au culte par l’État de Côte d’Ivoire et historiquement reconnu comme un espace acquis et réservé à la communauté musulmane, notamment pour l’extension de la mosquée.

Au cœur de cette affaire, une correspondance officielle datée du 19 janvier 2023, adressée par la CMR à l’Agence de Gestion Foncière (AGEF), vient apporter un éclairage déterminant. Dans ce courrier, la communauté sollicite des informations précises sur la situation du lot n°4004, îlot 319, situé à Cocody Deux-Plateaux (7ᵉ tranche).

Selon ce document, le terrain avait été régulièrement attribué à la Communauté Musulmane de la Riviera par la Direction des Ventes Immobilières (DVI), relevant alors du Ministère des Grands Travaux, et figure toujours dans certains fichiers administratifs comme tel. Toutefois, la CMR y révèle également qu’une attribution ultérieure à une tierce personne aurait été opérée par le Ministère de la Construction et de l’Urbanisme, alors même que la communauté était en attente de l’acte administratif définitif.
Contrairement aux accusations de passivité ou de renoncement, la CMR affirme avoir saisi les autorités compétentes dès 2009, attirant leur attention sur cette situation conflictuelle. La communauté rappelle avoir respecté les procédures en vigueur, allant jusqu’à verser une contribution symbolique de 10 000 FCFA, dans l’attente d’une régularisation administrative complète.

Pour les responsables communautaires, ces démarches attestent de la bonne foi et de la continuité de leurs droits sur un terrain dont la vocation religieuse n’a jamais été remise en cause par les fidèles.
Sur le parvis de la mosquée ALIF, l’émotion est vive. Les fidèles, choqués et inquiets, redoutent que les prières actuelles figurent parmi les dernières célébrées en ces lieux. Selon plusieurs sources, la destruction du bâtiment serait annoncée pour la semaine prochaine, une perspective qui suscite incompréhension et indignation.

« Comment peut-on détruire un lieu de culte reconnu par l’État, sans concertation avec la communauté qui l’a bâti et entretenu pendant des décennies ? », s’interroge un fidèle, la voix chargée d’émotion.
Pour la communauté musulmane, cette affaire dépasse largement un simple litige foncier. Elle pose la question sensible de la protection des terrains affectés au culte, de la sécurité juridique des biens communautaires et du respect des engagements de l’État envers les confessions religieuses.
L’appropriation d’un terrain consacré au culte par un opérateur économique, même muni de documents, apparaît pour beaucoup comme le symptôme d’un dysfonctionnement administratif profond, aux conséquences humaines et spirituelles lourdes.

Face à l’urgence de la situation, la CMR lance un appel solennel aux autorités administratives, judiciaires et religieuses afin qu’une enquête transparente soit menée et que toute décision irréversible, notamment la destruction de la mosquée, soit suspendue.
– L’objectif, selon la communauté, est clair :
– préserver la mosquée ALIF d’Attoban,
– rétablir la vérité administrative,
et garantir le respect de la vocation cultuelle du terrain, telle que reconnue par l’État de Côte d’Ivoire.
À Attoban, l’heure n’est plus à la rumeur, mais à la clarification. Car derrière ce conflit foncier se joue l’avenir d’un lieu de foi, de paix et de cohésion sociale.
DIANE MOUSSA