L’histoire du terrain abritant la mosquée Alif d’Attoban ne commence ni avec les bulldozers ni avec les procédures judiciaires récentes. Elle s’enracine dans la mémoire vivante des premiers occupants, bien avant l’arrivée d’acteurs puissants et de documents administratifs controversés. À travers le témoignage central de M. Simon, acteur clé et témoin direct des faits, se dessine une chronologie précise qui éclaire l’opinion sur la manière dont Aly Shabraoui est apparu sur le site, après le passage du Directeur de protocole du président Laurent Gbagbo.
1989 : une occupation ancienne et continue
Selon Simon, tout commence en 1989. Le site n’est alors qu’une colline inhabitée.
« Nous avons commencé ici en 1989. Il n’y avait rien. C’était la montagne. et les basins »
Orientés vers un comité local, les premiers fidèles obtiennent l’autorisation de s’installer. Une petite mosquée de fortune est construite, puis reconstruite à plusieurs reprises, au rythme des moyens communautaires. Avec le temps, l’édifice grandit jusqu’à devenir la grande mosquée Alif, fruit de sacrifices collectifs.
« J’ai fait une petite mosquée. Après, on a encore refait. La dernière fois, c’est devenu la grande mosquée. »
Début des années 2000 : la visite d’Eugène Alou
Un épisode crucial intervient au début des années 2000, sous la présidence de Laurent Gbagbo. Eugène Alou, alors Directeur de protocole du chef de l’État, arrive sur le site, accompagné de démarcheurs. Il observe le terrain, la mosquée, les fidèles.

Puis, fait capital, il revient une seconde fois, seul, sans les démarcheurs.
Selon Simon, ses propos sont clairs et sans ambiguïté :
« Il est revenu sans les démarcheurs. Il a regardé et il a dit : Moi, je n’ai aucun problème avec vous. Le terrain est occupé, vous priez ici. »
Cette déclaration marque les esprits. Pour la communauté, elle confirme la reconnaissance tacite de l’occupation religieuse du site par une haute autorité de l’État.

L’arrivée de Shabraoui : une demande sans documents
C’est après cet épisode qu’Aly Sabraoui fait sa première apparition sur le terrain. Selon Simon, Sabraoui arrive calmement, salue, observe, puis lâche une phrase restée gravée dans les mémoires :
« je veux ce terrain . »
Les occupants lui répondent immédiatement :
« Si tu dis que tu veux acheter ce terrain , donne ton contact si l’occasion se présente. Ici, il y a une mosquée, c’est un terrain à problème et c’est pour la communauté musulmane »

SABRAOUI ne présente aucun document, mais insiste. Toujours selon Simon, il ajoute :
« Moi, je veux seulement le terrain. »
Une phrase lourde de sens, perçue dès le départ comme une volonté de passer outre l’existence de la mosquée.
Quelques mois plus tard, Sabraoui revient, cette fois accompagné, évoquant une acquisition passée par une dame travaillant aux Grands Travaux, héritière supposée du terrain. Une version catégoriquement rejetée par les occupants, jamais associés à une vente, malgré leur présence continue depuis plus d’une décennie.

Les tensions montent rapidement :
arbres coupés, toiture de la mosquée endommagée, travaux stoppés sous menace.
« Ils ont coupé le manguier, fait tomber la toiture. On nous a dit d’arrêter sinon, on iras en prison. »
Fait troublant : tout récemment, Simon affirme avoir répété mot pour mot à Sabraoui ses propres propos d’il y a plus de vingt ans, devant témoins :
« Je lui ai rappelé ce qu’il avait dit la première fois : Je veux seulement le terrain. Il n’a jamais démenti. »

Pour Simon, cette constance dans le discours révèle une stratégie ancienne, fondée non sur la coexistence, mais sur la récupération pure et simple du site.
Un conflit qui dépasse le foncier
Aujourd’hui, le terrain de plus de 3 400 m², occupé religieusement depuis 1989, est au cœur d’un affrontement entre mémoire communautaire et puissance financière. La proposition de réduire la mosquée à 200 m² est vécue comme une négation de l’histoire du lieu.
« Une mosquée de 200 m², c’est comme une cour. Qu’est-ce qu’on dira demain devant Dieu ? »
La mémoire contre l’oubli
À travers le témoignage de Simon, une certitude s’impose : Sabraoui est arrivé après la mosquée, après la communauté, et après le passage du Directeur de protocole de Laurent Gbagbo. Le reste relève désormais de l’examen des faits, des documents et de la conscience collective.

Car, comme le rappelle Simon :
« Même si on nous demande de partir, on ne partira pas dans le silence. La vérité doit être dite. »
DIANE MOUSSA