Ce n’est pas l’islam qui menace la démocratie, mais son instrumentalisation par l’extrême droite qui la détruit de l’intérieur

Depuis des années, l’islam est présenté comme une menace pour la démocratie. Cette accusation revient comme un réflexe pavlovien, dès qu’il est question de sécurité, d’identité ou de cohésion nationale. Elle est commode, car elle permet d’éviter toute remise en cause profonde des véritables dynamiques de dégradation démocratique. En réalité, l’islam ne constitue ni un danger institutionnel, ni un projet politique unifié, ni une force organisée cherchant à renverser l’ordre démocratique. Le véritable péril vient d’ailleurs : il réside dans l’extrême droite et dans l’usage stratégique de l’islam comme ennemi intérieur.

L’islam est aujourd’hui moins un sujet religieux qu’un outil politique. Il sert de support à la peur, de justification à des politiques d’exception et de prétexte à la remise en cause progressive des libertés fondamentales. En désignant une religion — et, à travers elle, des millions de citoyens — comme incompatible avec la démocratie, on normalise des pratiques autoritaires qui, elles, portent atteinte au cœur même de l’État de droit.

L’islam comme bouc émissaire démocratique

Le discours selon lequel l’islam serait un « problème démocratique » repose sur une confusion volontaire. Il amalgame des croyances religieuses, des pratiques culturelles, des réalités migratoires et des actes terroristes, comme s’il existait une continuité naturelle entre foi musulmane et violence politique. Cette vision est non seulement intellectuellement malhonnête, mais politiquement dangereuse.

Aucune démocratie n’a été renversée par des mosquées, des prières ou le port de signes religieux. En revanche, l’histoire regorge d’exemples où des régimes ont basculé dans l’autoritarisme en désignant des minorités comme des menaces existentielles. L’islam joue aujourd’hui ce rôle. Il devient le nouvel ennemi intérieur, celui qui permet de justifier la surveillance généralisée, les lois d’exception, la restriction de la liberté d’expression et la suspicion permanente à l’égard d’une partie de la population.

Ce glissement est central : on ne combat plus des actes illégaux, mais des identités. On ne protège plus la démocratie, on la redéfinit contre certains citoyens.

La démocratie se fissure par l’acceptation de l’exception

La démocratie ne meurt jamais d’un coup. Elle s’effrite lorsque l’on accepte que certains droits puissent être suspendus au nom de la peur. Elle s’abîme quand la liberté religieuse devient conditionnelle, quand l’égalité devant la loi est relativisée et quand des citoyens sont traités comme des suspects permanents en raison de leur foi réelle ou supposée.

Rien de tout cela ne vient de l’islam. En revanche, tout cela correspond parfaitement aux méthodes de l’extrême droite : créer un climat de peur, fabriquer un récit civilisationnel, opposer un « nous » fantasmé à un « eux » essentialisé, puis imposer des politiques de force au nom de la protection démocratique. C’est une inversion totale des valeurs.

États-Unis : l’islam absent, la dérive bien réelle

L’exemple américain est éclairant. Sous Donald Trump, l’islam a été désigné comme une menace majeure : interdictions d’entrée sur le territoire visant des pays musulmans, discours ouvertement stigmatisants, soupçon institutionnalisé. Pourtant, ce ne sont pas des musulmans qui ont attaqué la démocratie américaine. Ce sont des militants d’extrême droite, galvanisés par un discours complotiste et autoritaire, qui ont tenté d’empêcher la certification d’une élection.

L’assaut du Capitole du 6 janvier 2021 est la preuve éclatante de cette imposture : l’islam était absent, mais la violence politique était bien là. Elle provenait d’une extrême droite persuadée que la démocratie n’est légitime que lorsqu’elle gagne.

Dans le même esprit, la politique migratoire menée à travers l’ICE a montré comment la peur de l’« autre » — souvent associé au musulman — permet de transformer des institutions en quasi-milices, opérant dans l’opacité, sans réel contrôle démocratique. Là encore, l’islam n’est qu’un prétexte. Le problème est l’acceptation de la brutalité comme mode de gouvernement.

France : islamophobie d’État et normalisation néofasciste

En France, l’islam occupe une place obsessionnelle dans le débat public. Il est constamment présenté comme incompatible avec la République, la laïcité ou les valeurs françaises. Cette focalisation permanente n’a pas renforcé la démocratie ; elle l’a fragilisée.

Pendant que l’on légifère sur les vêtements, les prénoms ou les menus, des groupes néofascistes défilent en formation quasi paramilitaire dans les rues de Paris. Leur idéologie est explicitement antidémocratique, violente et raciste. Pourtant, ils bénéficient d’une tolérance troublante, tandis que des associations musulmanes, des militants antiracistes ou des défenseurs des droits humains sont dissous, surveillés ou criminalisés.

Le message est limpide : le danger n’est pas l’autoritarisme, mais l’islam. C’est précisément ainsi que la démocratie se renverse contre elle-même.

Médias et obsession anti-islam : fabriquer le consentement

Une partie du paysage médiatique joue un rôle déterminant dans cette dérive. En présentant l’islam comme une menace structurelle, certains médias ne font pas qu’informer : ils conditionnent. La répétition constante des mêmes récits — islam = danger, islam = séparatisme, islam = violence — crée un climat émotionnel propice à l’acceptation de mesures liberticides.

Ce traitement n’est pas anodin. Il prépare les esprits à accepter l’inacceptable : censure, répression, atteintes aux libertés, attaques contre la justice. L’islam devient ainsi l’alibi permanent de politiques qui n’auraient jamais été tolérées autrement.

Accuser l’islam pour mieux attaquer l’État de droit

La démocratie ne disparaît pas à cause d’une religion. Elle disparaît quand la peur devient un outil de gouvernement, quand l’égalité est fragmentée, quand la justice est délégitimée et quand la violence politique est banalisée. Accuser l’islam, c’est se tromper de cible — volontairement ou par lâcheté.

L’islam n’est pas le problème. Il est le prétexte. Le véritable danger vient d’une extrême droite qui avance masquée, en prétendant défendre la démocratie tout en la vidant de sa substance. Défendre la démocratie aujourd’hui, ce n’est pas combattre une religion. C’est refuser les boucs émissaires, protéger l’État de droit et résister à l’autoritarisme, d’où qu’il vienne.

 

Oumma avec Islam Info