Vahama Kamagaté : Le jeune musulman doit profiter de ses vacances sur le plan familial et associatif »
Alors que les vacances riment souvent avec relâchement et divertissement à outrance, Vahama Kamagaté, Enseignant-Chercheur à L’Université Alassane Ouattara de Bouaké, Juriste et Communicologue en Développement, partage sa réflexion sur la manière dont les jeunes musulmans, notamment les élèves et étudiants, peuvent profiter de cette période tout en restant fidèles aux enseignements de l’islam. Dans cet entretien accordé à Islam Info, le Past Amir de l’AEEMCI, revient sur l’importance d’un équilibre entre détente, spiritualité et développement personnel.
À votre avis, comment un jeune musulman peut-il profiter de ses vacances pour renforcer sa foi et développer une relation personnelle avec Allah, en dehors du cadre scolaire ou de la madrasa ?
Il sera très important dans ce contexte de comprendre la portée sociale et socialisante des vacances. Les vacances qui, a priori, sont un moment de repos, de détente après une année scolaire et universitaire. Le jeune musulman pourra en profiter à différents niveaux.
Au niveau familial par exemple, vous savez que le recherche de la face d’Allah commence par la connaissance. Alors le père de famille ou la mère dans les contextes de famille monoparentale par exemple convient un enseignant en sciences islamiques appelé communément Moualim ou Oustaz, qui peut être un homme ou une femme en fonction des susceptibilités familiales, pour l’enseignement et l’encadrement religieux islamique des enfants à la maison. Il est aussi possible d’inscrire l’enfant ou le jeune dans un centre d’apprentissage du Coran et de la pratique religieuse à proximité de la maison.
Au niveau associatif, le jeune musulman participe à des camps de formation et de socialisation qui mettent en avant les croyances, principes et pratiques de la religion musulmane. Il y a par exemple le Camp des Scouts musulmans qui se tiendra cette année à Bondoukou et le Séminaire national de l’AEEMCI qui se tiendra à Yamoussoukro. Il s’agit là, de cadres de recherches de savoir et de renforcement de la pratique religieuse qui rapproche le jeune musulman de la miséricorde d’Allah
Pourquoi est-il essentiel, même en période de repos, de maintenir les actes d’adoration comme la prière, les invocations ou la lecture du Coran ? Et quels sont les meilleurs moments dans la journée pour cela ?
C’est notre quotidien en tant que musulman et musulmane. Notre croyance, nos pratiques religieuses sont pour tout le temps. Certaines sont à des moments fixes de la journéecomme la prière alors d’autres se font à tout moment, à savoir les invocations, la lecture ou la récitation des versets du noble Coran.
Quels types d’objectifs spirituels ou éducatifs un jeune peut-il se fixer pendant les vacances pour grandir dans sa foi et dans sa personnalité ?
Apprendre à lire le Coran
Améliorer sa lecture du Coran
Apprendre à faire correctement la prière
Connaitre les dogmes, les pratiques religieuses et le fondement des rapports sociaux en islam…
Quelles sont les activités islamiques ludiques ou les loisirs sains que vous recommanderiez aux enfants et adolescents musulmans pour occuper leur temps libre de façon utile et plaisante ?
Il y a des activités ludiques mais pas islamiques ludiques. Il nous appartient d’adapter ces différentes activités aux valeurs et aux principes de l’islam.
En quoi les cours de vacances islamiques ou les camps éducatifs peuvent-ils être bénéfiques pour les jeunes, tant sur le plan religieux que personnel ?
La rencontre de jeunes comme eux, qui sont de la même génération et qui aspirent à devenir de bons musulmans ou de bonnes musulmanes, le renforcement des apprentissages à partir du groupe qui est créé, la familiarisation à la croyance et à la pratique religieuse. Certains vont s’habituer à la prière de groupe, se lever à l’aube pour la prière, se faire des amis qui ont la même croyance qu’eux. Et très souvent après ces camps, il y a des réseaux d’amitié qui commencent à se construire.
Que faire face à l’ennui ou à la tentation des distractions numériques pendant les vacances ? Comment préserver ses yeux, ses oreilles et son cœur en tant que jeune musulman ?
Il faudrait avec les enfants, construire une discipline vis-à-vis des écrans. Interdire sera l’extrême, le laisser aller et le laisser faire ne sont pas la solution. Il faut donc règlementer en faisant comprendre le bien fondé de l’action aux enfants, en les écoutant surtout.
Comment un jeune peut-il équilibrer repos, apprentissage et divertissement pendant les congés, sans négliger ses responsabilités religieuses et familiales ?
Cela dépendra de l’organisation familiale quotidienne. Pendant les vacances, il est souhaitable de responsabiliser les jeunes quant à certaines tâches de la maison. Tant pour lesjeunes filles que pour les jeunes garçons. La répartition des tâches va permettre de déterminer les temps d’occupation aux tâches de la maison et le reste du temps est affecté aux autres apprentissages de la vie.
Le parent pourrait même inscrire l’enfant dan des centres d’apprentissage d’activités manuelles comme la couture, la pâtisserie, le bricolage etc.
Il est aussi bien de créer l’équilibre entre toutes ses responsabilités de l’enfant ou du jeune pour son bien-être.
Quelles compétences humaines et sociales utiles — comme l’entraide, la gestion du temps ou la prise de parole — un jeune musulman peut-il développer durant les vacances ?
Toutes les compétences utiles et appropriées dans divers domaines.
Comment les vacances peuvent-elles devenir un moment fort pour renforcer les liens familiaux, respecter davantage ses parents et partager des temps de qualité avec ses proches ?
Le fait par exemple de faire changer de cadre de vie à l’enfant ou au jeune. Dans un passé récent, les vacances étaient au village ou chez l’oncle voire la tante. Cette pratique avait l’intérêt de permettre à l’enfant ou au jeune de découvrir et de vivre dans différents cadres de socialisation. Au village ou chez le tonton ou la tante, il avait la possibilité de côtoyer d’autres personnes, d’expérimenter d’autres situations de vie familiales. Il pouvait même découvrir des animaux, des arbres, des contextes qu’il n’aurait pu voir dans son environnement de vie normal.
Quelles actions de solidarité ou de bonté, comme rendre visite à un voisin malade, aider un camarade ou participer à des projets communautaires, conseillez-vous aux jeunes pour vivre pleinement leur foi pendant cette période ?
Amener les enfants ou les jeunes à travailler pour l’intérêt de la famille et/ou de la communauté (entretien des espaces verts, de la mosquée…)
Selon vous, quel rôle les parents doivent-ils jouer pour encourager une organisation saine et islamique des journées de vacances de leurs enfants ?
Le rôle d’éducateur bienveillant : agir en bon père de famille. Prendre en compte les attentes des enfants. Responsabiliser les enfants et les jeunes et les habituer au compte rendu avec par moment des éléments de motivation.
Le rôle de conseil : écouter les enfants et les orienter. Ce n’est pas tout ce qu’ils veulent qui est bien pour eux. Le parent devra à partir d’une pédagogie du comportement et de l’attitude faire évoluer les points de vue des enfants.
Le rôle d’accompagnement : quand nous avons décidé une action avec les enfants, le parent devra trouver les moyens pour facilité et rendre effectif la mise en œuvre. Et c’est la aussi toute la responsabilité du parent pour créer et entretenir la confiance entre lui et les enfants ou les jeunes.
Comment sensibiliser les jeunes à l’importance du bon entourage et à la nécessité de choisir des fréquentations qui les tirent vers le haut spirituellement et moralement ?
La famille : le cadre familial est le premier foyer de socialisation des enfants et des jeunes. Par une pédagogie du comportement, les parents, les ainées des familles doivent chacun à son niveau être un facilitateur du bon vivre et non forcément un censeur ou un juge systématique.
La mosquée : par des activités d’occupation des jeunes (des ateliers de partages d’expériences, des masters classes, des prêches et/ou sermons.
Les médias communautaires : la promotion des émissions d’enfants et de jeunes. Il pourrait s’agir d’émissions interactives et/ou de proximité.
Que pensez-vous de l’utilisation des réseaux sociaux pendant les vacances ? Peut-elle être bénéfique pour un jeune musulman, et si oui, dans quelles conditions ?
Concernant les réseaux sociaux ordinaires, physiques, les parents doivent faire participer les enfants et les jeunes aux réunions et rencontres de famille, les mariages, baptêmes, funérailles et autres. Les visites chez des amis par exemple : elles permettent à nos enfants de se côtoyer et de se fréquenter. Ça nous éviterait beaucoup d’écarts de comportement, surtout que qui s’assemble, se ressemble.
Quant aux réseaux sociaux numériques, la réglementation est primordiale et le suivi surtout. Suivre les mouvements de l’enfant sur les réseaux sociaux. Être ami avec lui sur des plateformes ou lui demander de ne pas vous désactiver sur ses statuts. Cette démarche va permettre de savoir dans une certaine mesure ce qu’il fait ou avec qui il est.
Si possible, activer les fonctions de contrôle parentale sur les différents terminaux et se déconnecter des réseaux voire désactiver le Wifi ou le partage de données Internet à des moments indiqués.
Mais il faudrait être dans une dynamique de compréhension avec l’enfant et non forcément de police de surveillance exagérée. Cela pourrait produire l’effet contraire.
Balla
