Déguerpissements à la mosquée Alif d’Attoban : un commerçant brise le silence

Témoignage d’un commerçant sur pressions, dédommagements controversés et pertes économiques

Alors que l’affaire de la mosquée Alif d’Attoban continue de susciter une vive émotion, de nouveaux éléments viennent éclairer les méthodes employées pour déguerpir les occupants installés depuis plusieurs années sur le site.

Le témoignage d’Alpha Yahya Diallo, commerçant affecté, lève le voile sur une situation mêlant pression, négociations forcées et dédommagements controversés.

« Je suis venu ici en octobre 2012. La boutique était dehors. J’ai payé au dépôt, à la mairie », explique Alpha Yahya Diallo.

Selon lui, les paiements ont été régulièrement effectués jusqu’en 2016, dans le cadre d’une occupation connue et encadrée. À l’époque, le site était sous la responsabilité de la communauté de gestion de la mosquée, avec des versements mensuels de 35 000 FCFA.

Ces paiements étaient effectués auprès de l’imam Siloué, trésorier de la mosquée, représentant de la communauté gestionnaire.

Il en résulte que Monsieur Ali diffuse une information diffamatoire en affirmant que Monsieur Doukouré percevait les loyers.

« Les factures sont là », insiste le commerçant, affirmant avoir respecté ses engagements pendant plusieurs années.

La situation commence à se tendre lorsque la mairie annonce une opération de démolition. Alpha Yahya précise alors que le local appartient à la mosquée, sous l’autorité de l’imam Omar, parti en pèlerinage à La Mecque à cette période.

 

Avant son départ, ce dernier lui aurait confirmé l’occupation du lieu.

Avec le temps, les paiements cessent, dans un climat de flou et de confusion, jusqu’à l’arrivée d’un nouvel acteur : l’opérateur économique libanais, présenté comme le bénéficiaire du terrain.

L’arrivée du de l’Opérateur Économique ALI SABRAOUI et les dédommagements

Selon le témoignage, c’est à partir de ce moment que la situation bascule.

« Le Libanais est venu en disant que le terrain était pour lui et qu’il allait casser », affirme Alpha Yahya Diallo.

Des réunions sont organisées, en présence d’un officier, au cours desquelles les occupants sont informés qu’un dédommagement de 300 000 FCFA leur sera proposé en échange de leur départ.

Une somme jugée dérisoire par certains commerçants, au regard des investissements consentis.

« Moi, j’ai mis près de 900 000 FCFA dans ma boutique. 300 000, je ne peux pas prendre », explique-t-il.

Selon lui, deux personnes ont accepté l’argent, tandis que d’autres, dont lui-même, ont refusé tout dédommagement, estimant que cela reviendrait à légitimer la destruction de leurs installations.

Des documents existeraient pour prouver ces refus.

Le témoignage évoque également le rôle trouble de certains intermédiaires. Un certain Traoré, présenté comme PCA de la mosquée, aurait affirmé à plusieurs reprises, avant même le début des réunions, que « le seul bénéficiaire de cette affaire, c’est le Libanais », laissant entendre que toute résistance était vaine.

Face à cette situation, les occupants se disent contraints de négocier, faute d’alternative réelle.

« On nous a clairement dit qu’on ne pouvait rien faire », résume Alpha Yahya Diallo.

Aujourd’hui, le commerçant se retrouve sans activité.

Sa marchandise a été déplacée et stockée dans une maison à Kobélé, où elle se détériore progressivement.

« Je ne travaille plus. Tout est en train de gâter », confie-t-il, amer.

Une affaire loin d’être close

Ce témoignage met en lumière une dimension humaine et sociale souvent absente des débats juridiques autour de la mosquée Alif d’Attoban.

Au-delà des titres fonciers et des décisions administratives, ce sont des vies, des activités économiques et une stabilité sociale qui ont été brutalement affectées.

Pour Alpha Yahya Diallo, l’espoir demeure :

« Qu’Allah nous montre la vérité », conclut-il, appelant à une clarification totale et à une justice équitable dans une affaire qui continue de diviser et de choquer l’opinion.

 

DIANE MOUSSA

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