Fin du franc CFA: une nouvelle monnaie à petits pas

Le projet de loi entérinant la fin du franc CFA a été adopté ce mercredi 20 mai en Conseil des ministres par le gouvernement français. C’est une nouvelle étape après l’annonce faite le 21 décembre par Emmanuel Macron et Alassane Ouattara.

La réforme concerne huit pays membres de l’Union monétaire ouest-africaine : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Elle était dans les tuyaux depuis au moins trois ans et a pu aboutir après de longues négociations entre la France et les pays concernés lors du dernier semestre 2019.

Le vrai changement en profondeur c’est la rupture des liens « techniques » entre les pays concernés, le Trésor et la Banque de France. La France ne va plus cogérer la monnaie ouest-africaine avec les États concernés.

 

Autre changement, la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest ne devra plus déposer la moitié de ses réserves de change auprès de la Banque de France. Cette obligation était perçue comme une dépendance humiliante vis-à-vis de la France par tous ceux qui ont œuvré pour cette réforme. La France va aussi quitter tous les organes de décision et de gestion de l’UEMOA. Mais Paris continuera d’offrir des garanties en cas de crise monétaire.

Le processus n’en est qu’à son début

Pour l’instant la nouvelle monnaie va toujours être rattachée à l’euro avec une parité fixe ce qui garantit la même valeur de la monnaie pour les consommateurs. Paris passe en somme d’un rôle de co-gestionnaire à un rôle de garant, mais en pratique cela ne va rien changer dans le quotidien des consommateurs.

Les étapes et les questions sont encore nombreuses. Il faudra attendre encore plus longtemps pour que l’ancienne zone franc rallie à elle les autres pays de la Cédéao, pour construire une monnaie unique. Dans la zone Cédéao, certains ne voient d’ailleurs pas cette réforme d’un bon œil notamment le Nigeria.

L’Afrique centrale, zone monétaire à part

Le géant économique n’appartient pas à la zone franc, il gère sa propre devise, le naïra. Et comme les autres pays anglophones de la région, le Nigeria est prudent et exigeant. Ces pays qui participent à la réflexion sur une monnaie unique dans la zone Cédéao, mettent en avant pour aller vers cette monnaie des critères auxquels peu d’Etats peuvent répondre.

A noter que cette réforme ne concerne pour l’instant pas les six pays d’Afrique centrale qui utilisent aussi le franc CFA. Ils se trouvent dans une zone monétaire distincte et sont dans une autre dynamique régionale. Le débat est cependant déjà lancé.

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Des réactions sceptiques sur le continent

L’agenda de la France, en pleine pandémie de coronavirus, a surpris certains sur le continent africain. C’est le cas de l’économiste sénégalais Demba Moussa Dembélé, qui s’est exprimé au micro de William de Lesseux.

« Je suis un peu étonné que cette décision vienne en ce moment, alors que les présidents africains, les présidents du monde entier sont préoccupés par la lutte contre cette pandémie. C’est un peu décalé pour moi, par rapport à ce qui se passe aujourd’hui dans le monde. Cela confirme ce que nous avons toujours dit : le france CFA n’est pas une monnaie africaine. C’est une monnaie de la France, et le destin du franc CFA est entre les mains de la France. »

Quant à la fin du franc CFA avant la fin de l’année, Demba Moussa Dembélé n’y croit guère. « Je suis très sceptique. Les conditions ne sont pas favorables. Pour nous, le monde va peut-être changer. Mais fondamentalement, les relations ne changeront pas. »

RFI

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