Édifiée pierre après pierre par la seule communauté musulmane locale, la mosquée de la Riviera Attoban ouvre ses portes, consacrant un succès historique d’autonomie financière et de volonté collective.
Abidjan, le 17 janvier 2026 – Sous une bénédiction solennelle, la communauté musulmane de la Riviera Attoban a inauguré ce samedi sa Grande Mosquée, un chef-d’œuvre architectural et spirituel né de trente ans de foi, de ténacité et d’un engagement financier exclusivement communautaire. L’événement, placé sous l’autorité du Cheikoul Aïma Ousmane Diakité, président du Conseil Supérieur des Imams (COSIM), et présidé par la section Cocody du COSIM, marque l’aboutissement d’une épopée collective exceptionnelle.

L’histoire commence dans les années 1980, alors que le quartier d’Attoban, en pleine expansion, ne dispose d’aucun lieu de culte pour les musulmans. Les premières prières collectives se tiennent sur un simple parking. Rapidement, l’aspiration d’avoir une mosquée à soi germe. Une association se forme, dirigée par El Hadj Keita Moustapha, avec un objectif clair : acquérir un espace dédié à la prière, à l’évocation d’Allah et au renforcement des liens communautaires.
En 1998, un premier aboutissement : un terrain de 2 800 m² est acquis. Un modeste « apatam » y est érigé, offrant un premier toit aux fidèles. Mais la vision est plus grande. Dès 2004, la communauté s’engage résolument dans un projet bien plus ambitieux construire une mosquée moderne et définitive.

Le parcours ne fut pas linéaire. Après la pose de la première pierre en 2005, les travaux s’appuient sur des esquisses fournies par feu Idriss Belem (rappelé à Allah en 2006), à qui un hommage appuyé a été rendu. Un comité de construction, supervisé par l’ingénieur Elhadj Diabaté Lanciné, se met en place. Mais les épreuves ne manquent pas : un litige foncier interrompt temporairement le chantier, et la pente naturelle du terrain impose des adaptations techniques complexes, comme l’aménagement d’un rez-de-jardin partiel.

Grâce à l’ingéniosité de techniciens dévoués, comme l’architecte Lamine Diouf qui a revu les plans des escaliers et conçu les blocs sanitaires, chaque défi a été relevé. Le minaret s’élève aujourd’hui à 15 mètres, la décoration intérieure est l’œuvre d’artisans marocains spécialisés, et les façades ont été conçues par une architecte d’intérieur libanaise.

Le chiffre marque les esprits : le coût de la construction est estimé à 750 millions de francs CFA. Et l’investissement global, incluant la valeur foncière, dépasse désormais le milliard de francs CFA. Un montant colossal entièrement financé par les dons, les cotisations et les sacrifices des fidèles eux-mêmes.
« Il est mieux de construire nous-mêmes nos propres mosquées que de chercher des aides ailleurs. Car celui qui construit fixe les conditions », a déclaré avec force le Cheikoul Aïma Ousmane Diakité lors de la cérémonie, résumant la philosophie d’autonomie et de dignité qui a présidé à tout le projet.

Achevé, l’édifice est un ensemble fonctionnel et majestueux. Le bâtiment principal, de type « R+2 », est dédié aux activités cultuelles et éducatives. Chaque niveau peut accueillir environ 1 000 fidèles, le rez-de-jardin 450 supplémentaires, et l’esplanade pavée jusqu’à 3 000 personnes pour les grandes prières des fêtes.
Mais au-delà des chiffres, cette mosquée est présentée comme une œuvre humaine et spirituelle. « Elle incarne la foi, la persévérance et la solidarité exemplaire de notre communauté », a souligné le discours officiel. L’imam principal de la mosquée et par ailleurs secrétaire exécutif du COSIM, Imam Daoud Koné, a exprimé sa gratitude à l’ensemble des musulmans pour « cette belle édifice ».

La mosquée n’est pas considérée comme un aboutissement, mais comme une base pour l’avenir. La communauté a déjà en projet la réalisation d’une infirmerie, d’une bibliothèque, d’une académie de formation et d’une école, afin de renforcer sa vocation sociale et éducative.

En acquérant même le terrain voisin, les fidèles ont sécurisé l’avenir et les possibilités d’extension de ce qui est désormais bien plus qu’un lieu de culte : un symbole puissant de ce qu’une communauté unie peut accomplir par la seule force de sa foi et de sa volonté. La Grande Mosquée de la Riviera Attoban se dresse aujourd’hui comme un phare spirituel, un témoignage de résilience et un modèle d’autofinancement religieux.
DIANE MOUSSA
