De retour du pèlerinage à La Mecque, le Dr Bansé Abdoul Aziz, docteur en sciences islamiques, partage une expérience profondément spirituelle et humaine. Entre ferveur religieuse, épreuves physiques, et éveil de la conscience, il livre un témoignage sincère sur ce que le Hadj lui a appris : le combat contre soi-même, la nécessité de la patience, et la solidarité indéfectible envers les opprimés, notamment les Palestiniens. Un récit fort, authentique et universel.
Par Islam Info — La Mecque / Abidjan
Au cœur du plus grand rassemblement spirituel de l’humanité, le pèlerinage à La Mecque, chaque pas est une leçon, chaque épreuve un rappel. Pour le Dr Bansé Abdoul Aziz, récemment diplômé en sciences islamiques après un parcours allant de la Côte d’Ivoire à la Turquie en passant par la Tunisie, le Hadj 2025 restera une étape marquante de sa vie spirituelle.

« Le Hadj m’a appris que le véritable jihad, ce n’est pas de combattre les autres, mais de vaincre son propre égo », confie-t-il d’un ton grave.
Le Hadj, une école de l’âme
« Ce n’est pas un simple enchaînement de rites. C’est une école. Un lieu de confrontation entre le céleste et le terrestre », explique Dr Bansé, insistant sur le fait que le Hadj est le couronnement des piliers de l’islam, et non un simple passage obligé.
Plus qu’un acte rituel, il décrit le pèlerinage comme un processus de dépouillement intérieur : « On est en train de remplir nos propres valises avec des choses inutiles… Pas les 23 kilos autorisés par la compagnie aérienne, mais les 23 kilos de notre cœur. Rancune, orgueil, ostentation… C’est cela qu’il faut déposer. »

Une transformation intérieure
Loin des clichés sur le Hadj spectaculaire ou touristique, Dr Bansé insiste sur les changements subtils mais profonds qu’il a vécus :
« Le Hajj m’a changé. Je le dis avec des larmes aux yeux : nous sommes souvent nos propres ennemis. »
Cette prise de conscience est venue de plusieurs situations vécues sur les lieux saints : dormir à même le sol, patienter à Mina, supporter les désagréments de la foule… Autant de moments qui appellent à l’humilité et à la compassion. « J’ai appris à remercier mes parents pour leur éducation, et à m’efforcer d’être un bien pour les autres », dit-il.
Une leçon de solidarité : « Wallah, tu vas le prendre ! »
Parmi les souvenirs les plus émouvants qu’il partage, figure une rencontre bouleversante avec un couple palestinien à La Mecque. Sous une chaleur écrasante, un homme lui propose d’acheter son parapluie. Dr Bansé refuse l’argent et lui offre l’objet, en larmes :
« Je lui ai dit : “Wallah, tu vas le prendre. Parce qu’Allah va nous interroger : qu’as-tu fait pour tes frères palestiniens ?” »

Ce moment d’humanité partagée, couronné par un échange de cadeaux symboliques, s’est gravé en lui comme un rappel de la fraternité musulmane au-delà des frontières. Une expérience qui a même touché sa fille de huit ans, profondément investie émotionnellement dans la cause palestinienne.
Préserver les acquis du Hadj
De retour en Côte d’Ivoire, Dr Bansé insiste sur l’importance de préserver l’esprit du Hadj. Pour lui, tout commence par la conscience de la surveillance divine : « Allah me regarde. Je ne peux pas revenir tel que je suis parti. »
Sa stratégie repose sur la méditation, la patience, l’intention sincère, et l’entourage. Il encourage les anciens pèlerins à ne pas se renfermer, mais à témoigner, transmettre, et incarner le changement : « Il ne faut pas avoir honte d’être revenu changé. »
« Celui qui ne possède pas une chose ne peut pas la transmettre. Il faut devenir ce qu’on souhaite voir chez les autres. »
Rejeter le jugement, cultiver la miséricorde
Face aux critiques que subissent certains pèlerins — ceux qui prennent des photos ou qui accomplissent le Hadj plusieurs fois — Dr Bansé appelle à la compréhension :
« Personne ne prend de photo pendant les rites. C’est après, par émotion, qu’on immortalise. Et ceux qui reviennent plusieurs fois ? C’est parce qu’ils laissent une part d’eux-mêmes à la Kaaba. »
Le message est clair : le Hadj est une expérience intime. Il ne peut être jugé de l’extérieur. Il se vit dans les cœurs, dans les prières silencieuses, dans les larmes versées à Arafat ou devant la Kaaba.
Un appel à tous ceux qui hésitent
À ceux qui redoutent de ne pas pouvoir rester sur la voie après le pèlerinage, Dr Bansé répond avec lucidité :
« Allah ne nous demande pas d’être parfaits, mais sincères. Lorsqu’on tombe, il faut juste revenir à Lui. »
Le Hadj n’est pas réservé aux “saints”, mais à ceux qui veulent se réformer, même s’ils tombent encore. Car la véritable renaissance, dit-il, ne commence pas à La Mecque, mais au retour, dans la lutte quotidienne contre le nafs, cet ego qui nous égare.

Dernier message : ne remets pas à demain
En guise de conclusion, Dr Bansé rappelle l’enseignement du Prophète Muhammad ﷺ :
« Celui qui peut faire le Hadj, qu’il le fasse. Tu ne sais pas si tu mourras avant. »
L’émotion dans sa voix traduit la profondeur de ce qu’il a vécu. Il l’affirme avec conviction : « Le Hadj ne s’explique pas. Il se vit. Il commence là-bas, mais il continue ici, dans nos maisons, nos cœurs, nos actes. »
Un témoignage poignant qui dépasse le cadre du pèlerinage. Il nous interpelle, nous pousse à l’introspection, et nous rappelle que la vraie réforme commence par soi. Le Hadj, selon Dr Bansé, n’est pas un point final, mais un nouveau départ.

propos recueillis par DIANÉ MOUSSA envoyé spécial d’Islam Info
