Lundi 11 mai 2026 en terre sainte de La Mecque correspondant au 24 zoul ka’ada 1447 H, une interview exclusive sur le Hadj 2026 avec Imam Mami Doumbia , president du vol 2. Figure emblématique de l’encadrement des pèlerins ivoiriens, Mami Doumbia fait partie des hommes d’expérience du Hadj en Côte d’Ivoire. Ancien étudiant en Arabie Saoudite, acteur historique de l’organisation du pèlerinage depuis l’époque du CNOPM jusqu’au Commissariat du Hadj, il cumule plus de 25 années d’expérience dans l’encadrement spirituel et logistique des fidèles musulmans ivoiriens.
Aujourd’hui Président du Vol 2, considéré comme l’un des vols pilotes du Hadj ivoirien, il revient dans cette interview exclusive sur sa mission, les défis de l’encadrement, les innovations du Hadj 2026, ainsi que les exigences spirituelles de ce voyage sacré.
Présentez-vous à nos lecteurs. Depuis combien d’années êtes-vous dans l’encadrement du Hadj ?
Je me nomme Mami Doumbia, Président du Vol 2. Cela fait plusieurs années que je suis dans l’encadrement des pèlerins. Avant même l’avènement de l’organisation étatique actuelle du Hadj, nous étions déjà engagés dans l’organisation avec le CNOPM.
J’ai ensuite occupé plusieurs responsabilités : secrétaire, vice-président de la commission religieuse, puis président de cette même commission pendant quatre années, précisément de 2012 à 2015. Depuis 2016, j’assume la fonction de chef de vol.
En réalité, le Hadj fait partie de ma vie depuis mes années d’études en Arabie Saoudite. Étant étudiant là-bas, nous étions déjà impliqués dans l’encadrement des pèlerins ivoiriens à La Mecque.

« Notre mission est de conduire les pèlerins jusqu’à La Mecque et les ramener sains et saufs »
Quelle est votre mission principale à la tête du Vol 2 ?
Notre rôle principal est de conduire les pèlerins depuis la Côte d’Ivoire jusqu’en Terre Sainte, de les accompagner dans l’accomplissement correct des rites du Hadj et surtout de les ramener sains et saufs.
Le Vol 2 compte au total 425 pèlerins, y compris les encadreurs. À mes côtés, il y a environ 24 encadreurs issus des différentes commissions : religieuse, sociale, médicale, sécurité, hébergement et transport.
Chaque commission joue un rôle précis afin d’assurer un pèlerinage serein et bien organisé.
« Un pèlerin mal formé peut devenir un danger pour lui-même et pour les autres »
Comment préparez-vous les pèlerins aux grandes étapes du Hadj, notamment Mina, Mouzdalifa et Arafat ?
La formation est fondamentale. Nous insistons énormément sur cet aspect parce qu’un pèlerin bien formé sera utile pour lui-même et pour les autres.
À l’inverse, un pèlerin mal formé peut devenir un danger, surtout lorsqu’il pense tout connaître alors qu’il ignore beaucoup de choses sur les rites et les comportements à adopter.
C’est pourquoi nous avons multiplié les sensibilisations dans les mosquées et les lieux de culte afin d’amener les futurs pèlerins à comprendre l’importance de la préparation spirituelle et pratique.

« Chaque encadreur suit environ 43 pèlerins »
Quelles dispositions avez-vous mises en place pour un meilleur encadrement des fidèles ?
Nous avons un système d’encadrement de proximité très structuré. Chaque encadreur religieux suit environ 43 pèlerins.
Les commissions techniques prennent en charge les aspects liés à l’hébergement, au transport, à la sécurité, au social et au médical, tandis que la commission religieuse accompagne les fidèles dans l’accomplissement des rites conformément aux enseignements du Prophète Mohammed (Paix et Salut sur Lui).
Les encadreurs religieux sont essentiellement composés d’imams et de guides expérimentés. Leur mission est d’assister les pèlerins à chaque étape du Hadj.
« Gérer les hommes n’est jamais facile »
Après plus de vingt ans dans l’encadrement, quels sont les défis récurrents que vous rencontrez ?
Le plus grand défi reste la gestion des hommes. Ce n’est jamais facile.
Parmi les pèlerins, certains sont très disciplinés et compréhensifs, tandis que d’autres sont plus difficiles à gérer. Avec l’expérience, nous arrivons rapidement à comprendre le caractère des personnes.
Souvent, les difficultés viennent des anciens pèlerins, ceux qui ont déjà effectué un ou plusieurs Hadj. Certains pensent tout connaître et donnent parfois leurs propres consignes au lieu de suivre celles des encadreurs.

Mais avec l’expérience, nous savons comment les aborder et les gérer avec sagesse.
« La spiritualité ne peut réussir sans une bonne logistique »
Comment conciliez-vous spiritualité et logistique pour le bien-être des pèlerins ?
La spiritualité ne peut être pleinement vécue sans une bonne organisation logistique.
On ne peut pas demander à un pèlerin de vivre sereinement sa spiritualité s’il n’est pas bien logé, bien transporté ou correctement suivi sur le plan sanitaire.
C’est pourquoi les commissions techniques travaillent en parfaite coordination avec la commission religieuse afin de permettre aux pèlerins de se concentrer sur l’essentiel : leur relation avec Allah.
À Médine par exemple, même si cette ville ne fait pas directement partie des rites du Hadj, elle constitue une étape spirituelle très importante.
Les pèlerins y visitent la Mosquée du Prophète, prient dans cet endroit béni où une prière équivaut à mille prières accomplies ailleurs, visitent les sites historiques comme le Mont Uhud, la Mosquée des Deux Qiblas et d’autres hauts lieux de l’histoire islamique.
Tout cela contribue à les préparer spirituellement avant leur entrée effective dans les rites du Hadj.
« La Côte d’Ivoire fait partie des meilleurs pays organisateurs du Hadj »
Quelles évolutions constatez-vous cette année par rapport aux éditions précédentes ?
Chaque année apporte son lot d’améliorations. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire fait partie des meilleurs pays organisateurs du Hadj.
Cela nous a permis de bénéficier du programme “Tariq Makkah”, grâce auquel plusieurs formalités sont désormais facilitées avant même le départ des pèlerins.
Quand nous arrivons en Arabie Saoudite, les conditions d’accueil sont devenues beaucoup plus fluides.
Cette année particulièrement, une innovation importante a été introduite au niveau du suivi médical.
Avant, les consultations médicales intervenaient à la fin du processus. Désormais, tout commence par la réévaluation médicale des pèlerins.
Les médecins vérifient d’abord si le candidat est réellement apte à effectuer le Hadj. Si son état de santé le permet, il reçoit l’autorisation de poursuivre les démarches. Dans le cas contraire, des décisions sont prises pour préserver sa santé.
C’est une mesure nouvelle, certes exigeante, mais extrêmement importante pour la sécurité des pèlerins.
« Les Vols 1 et 2 sont des vols pilotes »
Le Vol 2 a-t-il une particularité par rapport aux autres vols ?
Oui, bien sûr. Les Vols 1 et 2 sont considérés comme des vols pilotes, des vols tests.
Tout commence généralement par nous. C’est pourquoi ces vols sont souvent confiés à des encadreurs très expérimentés.
Notre mission est aussi d’ouvrir la voie et d’aider les autres vols grâce aux enseignements tirés des premières opérations.
« Le Hadj est l’école de l’humilité »
Quel message adressez-vous aux futurs pèlerins ?
Le Hadj n’est pas un simple déplacement géographique. C’est un retour vers Allah et vers l’essentiel.
Le pèlerin doit comprendre qu’il ne part pas pour un voyage touristique, mais pour rechercher Dieu. Et rechercher Allah exige l’humilité, la patience, l’acceptation des autres et la discipline.
Quelqu’un qui, ici, est habitué à donner des ordres devra parfois faire la queue pour manger. D’autres devront accepter des conditions différentes de leur confort habituel.
Le Hadj nous apprend l’adaptation, le pardon et la remise en question personnelle.
C’est une école de spiritualité qui pousse chacun à examiner sa conscience afin de mieux se rapprocher d’Allah.
« Sans la bénédiction d’Allah, nous ne pouvons rien »
Votre mot de fin ?
Nous remercions sincèrement Islam Info pour tout le travail accompli au service de l’Islam et de la communauté musulmane.
Nous demandons également les bénédictions et les prières de tous. Sans le secours d’Allah, nous ne pouvons rien accomplir.
C’est Allah qui donne les idées, les capacités et la réussite.
DIANE MOUSSA
