Interview Exclusive – Hadj 2026 avec la responsable médicale du vol 2
Les pèlerins ivoiriens vers les lieux saints de l’Islam, la question sanitaire occupe une place centrale dans l’organisation du Hadj 2026. Entre réévaluations médicales, contrôle rigoureux des traitements et nouvelles directives saoudiennes, la commission médicale redouble d’efforts pour assurer un pèlerinage sécurisé et sans risque.
Dans cet entretien exclusif accordé à Islam Info, une responsable de la commission médicale revient sur l’état de santé général des pèlerins du vol 2, les nouvelles mesures imposées cette année ainsi que les défis liés au suivi sanitaire des fidèles avant et pendant le Hadj.
« Dans l’ensemble, l’état de santé des pèlerins est satisfaisant »
Présentez vous et depuis combien d’années êtes-vous dans la commission médicale et quel bilan faites-vous de l’état de santé des pèlerins cette année ?
Je suis Dr Dao Kadidjatou, responsable médicale vol 2 , dans l’ensemble, lorsque nous observons l’état de santé des pèlerins, nous pouvons dire qu’il est satisfaisant.
Depuis les premières consultations médicales, un important travail a été effectué en amont sous la houlette du Commissariat du Hadj et conformément aux directives des autorités saoudiennes.
Nous avons procédé à plusieurs réévaluations médicales et aujourd’hui, nous constatons clairement que ce travail préparatoire porte ses fruits.
Certes, tout n’est pas encore parfait. Il reste toujours quelques situations à corriger ou à ajuster, mais globalement nous sommes satisfaits du travail accompli.
« Les réévaluations médicales ne visent pas à éliminer les pèlerins »
Pourquoi ces réévaluations médicales suscitent-elles autant d’attention cette année ?
Il faut préciser que ces réévaluations ne sont pas faites pour recaler les pèlerins.
Cependant, cette année, nous faisons face à de nouvelles directives imposées par les autorités saoudiennes, et nous avons le devoir de les appliquer rigoureusement.
Cela signifie que certains candidats pourraient malheureusement ne pas être autorisés à effectuer le Hadj cette année si leur état de santé présente des risques importants.
Mais nos imams et encadreurs religieux sont mobilisés pour expliquer ces décisions aux personnes concernées, afin qu’elles comprennent que ces mesures sont prises dans leur propre intérêt.
L’objectif principal est que le pèlerin puisse voyager, entrer en Terre Sainte, accomplir correctement son Hadj et revenir en bonne santé.
« Dès qu’un pèlerin arrive, nous observons sa marche, sa vue et son état général »
Concrètement, quels sont les critères médicaux que vous examinez chez les pèlerins ?
Lorsqu’un pèlerin se présente devant nous, nous commençons déjà par une observation générale.
Nous regardons sa démarche, son état physique, sa capacité à se déplacer, sa vue et sa manière de communiquer.
Souvent, certains problèmes peuvent être détectés simplement en échangeant avec le pèlerin ou en observant sa mobilité.
Nous accordons également une attention particulière aux personnes souffrant de pathologies chroniques telles que l’hypertension artérielle, le diabète ou l’asthme.
Pour ces cas, nous vérifions minutieusement les traitements et les médicaments.
« Aucun pèlerin ne doit partir sans ses médicaments »
Pourquoi insistez-vous autant sur les médicaments des pèlerins ?
Nous sommes très rigoureux sur cette question parce qu’un pèlerin malade qui voyage sans ses médicaments peut rapidement se retrouver dans une situation critique en Arabie Saoudite.
Souvent, les familles ou les accompagnateurs ne comprennent pas notre insistance, mais tout cela est fait dans l’intérêt du pèlerin.
Lorsque nous constatons qu’un fidèle ne dispose pas de tous ses médicaments, nous demandons systématiquement à ses proches d’aller compléter les traitements avant le départ.
Certains médicaments prescrits en Côte d’Ivoire ne sont pas toujours disponibles en Arabie Saoudite.
Le Commissariat du Hadj est même parfois prêt à prendre certaines dépenses en charge, parce qu’en cas de problème sanitaire, c’est finalement le Commissariat qui assume les conséquences.
Notre responsabilité est donc d’anticiper tous les risques possibles.
« Nous découvrons même de nouveaux cas d’hypertension »
Les réévaluations permettent-elles parfois de découvrir de nouvelles pathologies ?
Oui, absolument.
Cela fait plusieurs mois que certains pèlerins ont été consultés. Entre-temps, leur état de santé peut évoluer.
Par exemple, un pèlerin hypertendu peut revenir aujourd’hui avec une tension mal équilibrée malgré le traitement initial qui lui avait été prescrit.
Comme le départ approche, nous sommes obligés d’ajuster certains traitements afin de stabiliser leur état avant le voyage.
Grâce à l’appui de l’Institut de Cardiologie et à la présence de cardiologues au sein du dispositif médical, nous procédons à des contrôles approfondis.
Nous avons même découvert de nouveaux cas d’hypertension parmi certains pèlerins.
Les cardiologues présents établissent immédiatement des ordonnances, ajustent les traitements et vérifient les médicaments avant de permettre aux pèlerins de poursuivre le processus de départ.
« Dire à un pèlerin de rester cette année est parfois une décision très difficile »
Y a-t-il déjà eu des cas d’inaptitude enregistrés ?
Pour le moment, non. Alhamdoulilah.
Mais il faut comprendre que lorsqu’un pèlerin est déclaré inapte, ce n’est jamais une décision facile.
Nous le faisons toujours avec le cœur lourd.
Cependant, il vaut mieux empêcher un pèlerin fragile de voyager cette année plutôt que de le laisser partir et se retrouver bloqué en Arabie Saoudite ou confronté à une grave complication sanitaire.
Notre objectif n’est pas de sanctionner les pèlerins, mais de protéger leur vie et leur santé.
« Nous demandons les bénédictions et les prières de toute la communauté »
Votre message à la communauté musulmane ?
Nous demandons aux imams, aux guides religieux et à toute la communauté musulmane de faire des bénédictions pour nous et pour les pèlerins.
Même si nous avons l’habitude de cette mission, le Hadj reste une responsabilité immense.
Nous demandons également à chacun d’être indulgent face aux nouvelles mesures mises en place cette année conformément aux directives saoudiennes.
Certaines décisions peuvent paraître difficiles, mais elles sont prises uniquement pour préserver la sécurité et la santé des pèlerins.
Nous prions Allah afin qu’Il facilite le voyage à tous les candidats au Hadj et qu’Il leur permette d’accomplir ce pilier de l’Islam dans les meilleures conditions spirituelles et sanitaires.
DIANE MOUSSA
