Hajj 2026 : de Médine à la Maison d’Allah, le guide complet de l’imam Zakaria Koné pour un pèlerinage agréé… et préservé à vie
Lundi 18 mai 2026 correspondant au 01 zoul hidja 1447H. Alors que des dizaines de milliers de pèlerins ivoiriens convergent vers les lieux saints, l’imam Hafiz Zakaria Koné, figure respectée de la communauté, a accepté de détailler pour nos lecteurs et auditeurs l’intégralité du parcours qui attend les croyants après leur séjour à Médine. Depuis la Mecque, il livre un itinéraire spirituel d’une précision rare, mais aussi une mise en garde brûlante d’actualité : le plus grand combat ne se mène pas pendant le Hajj, mais après, pour ne pas dilapider son trésor.
« Prenez de moi vos rites » : comme l’as signifié le prophète MOHAMED SWS
Tout commence à Médine, au moment du départ. « Avant de quitter la ville du Prophète, le pèlerin se rend au Mîqât d’Al-Hulayfa, revêt son Ihrâm et formule l’intention de la Omra », explique l’imam Koné. Le rite accompli par les Ivoiriens est le Hajj Tamattu’, qui consiste à séparer la Omra du Hajj. En arrivant à La Mecque, le fidèle effectue donc le Tawâf, les sept tours autour de la Kaaba, puis prie deux unités derrière le Maqâm Ibrâhîm. S’ensuit le Sa’y, la marche entre Safâ et Marwâ, sept allers-retours débutant à Safâ et s’achevant à Marwâ.
Une fois ces rites accomplis, les hommes se rasent la tête (ou se coupent les cheveux), et les femmes raccourcissent une mèche. « À cet instant précis, la Omra est terminée. Le pèlerin quitte l’état de sacralisation et tout ce qui était interdit redevient permis », précise le cheikh. Place alors à l’attente, dans la ferveur, du grand rendez-vous.
Les jours décisifs : de Tarwiya à Arafat, le cœur du Hajj
Le huitième jour du mois de Dhû al-Hijja, appelé Yawm at-Tarwiya, tous les pèlerins convergent vers Mina pour y passer la nuit. Le lendemain, 9ᵉ jour, c’est le sommet du pèlerinage : Arafat.
« À Arafat, on reste toute la journée. On accomplit les prières de Dhuhr et Asr cumulées et raccourcies, puis on ne cesse d’invoquer jusqu’au coucher du soleil », détaille l’imam. Il insiste sur l’invocation prophétique à répéter sans relâche : « Lâ ilâha illa-llâh wahdahu lâ sharîka lahu, lahu-l-mulku wa lahu-l-hamdu wa huwa ‘alâ kulli shay’in qadîr. » Et de marteler un conseil précieux : « On peut prier dans toutes les langues, chacun formule ses vœux comme il le souhaite. Le jour d’Arafat est le meilleur jour pour l’invocation. »
Le soleil couché, on ne prie pas le Maghrib sur place. Direction Muzdalifah, où Maghrib (3 rak’ât) et Ishâ’ (2 rak’ât) sont cumulés, même tard dans la nuit. Le pèlerin y passe la nuit, prie le Fajr, puis invoque encore jusqu’à la clarté du jour avant de regagner Mina.
Le jour du Grand Hajj : lapidation, immolation et désacralisation
Le 10ᵉ jour, Yawm al-Hajj al-Akbar, le fidèle accomplit cinq actes majeurs dans la journée : la lapidation de Jamrat al-‘Aqaba avec sept pierres, le sacrifice de l’animal, le rasage (ou la coupe de cheveux pour les femmes), le Tawâf al-Ifâda (pilier du Hajj) et le Sa’y entre Safâ et Marwâ. « C’est le jour le plus dense, concède l’imam Zakaria Koné. L’islam privilégie toujours la facilité : celui qui ne peut pas tout faire le même jour, ou qui redoute l’immense foule pour revenir à La Mecque, peut différer le Tawâf et le Sa’y, mais il doit impérativement passer la nuit à Mina. »
Après la lapidation et le rasage, on obtient une première désacralisation (tahallul al-awwal) : toutes les interdictions de l’Ihrâm sont levées, à l’exception des rapports conjugaux. Les jours suivants (les 11, 12 et éventuellement 13 du mois), le pèlerin séjourne à Mina , une obligation et lapide chaque jour les trois stèles (Al-Sughrâ, Al-Wustâ, Al-‘Aqaba) de sept pierres chacune, soit 21 jets quotidiens.
Au retour à La Mecque, deux rites essentiels attendent encore le croyant : le Tawâf al-Ifâda (s’il n’a pas été accompli) et le Tawâf al-Wadâ’ (le tour d’adieu), dernière obligation avant de quitter la Ville Sainte. « Le Prophète, paix sur lui, a dit : “Que votre dernier contact soit avec la Maison.” Si vous le faites de jour, la nuit ne doit pas vous trouver à La Mecque, sinon il faudra le refaire », rappelle-t-il.
Les quatre clés du Hajj Mabroûr
Au-delà de la mécanique des rites, l’imam égrène les conditions pour que le pèlerinage soit accepté et gratifié du paradis. « La première, c’est la sincérité absolue envers Allah. La deuxième, la conformité stricte à la Sunna : pas d’innovation dans le culte. La troisième, la piété, qui consiste à éviter tous les péchés, petits et grands. Et la quatrième, c’est la bonté : être serviable, patient, faire des sacrifices pour les autres, prier pour eux. Allah a dit : “Le Hajj, c’est le mois bien connu… pas de rapport intime, pas de perversité, pas de dispute.” »
En conclusion, l’imam Hafiz Zakaria Koné lance un appel vibrant à tous les pèlerins et à ceux restés au pays. « Craignez Allah ! Allah n’accepte que de ceux qui Le craignent. Si l’on ne fait pas tout cela pour Lui, on est en danger. Je prie pour que nos Hajj soient Mabroûr, que nous revenions sains et saufs, et que nos frères qui n’ont pas eu la chance cette année puissent venir l’an prochain. Priez aussi pour l’Arabie Saoudite, pour ses dirigeants et son peuple ; leur stabilité et leur richesse profitent à toute la Oumma. »
Le message est lancé, limpide et exigeant. Il rappelle que le véritable pèlerin n’est pas celui qui a foulé le sable de Mina, mais celui dont le cœur, une fois rentré chez lui, demeure à jamais sur le Mont Arafat.
DIANE MOUSSA
