Hadj 2026/ Mont Uhud : De la défaite à la lumière, les pèlerins ivoiriens qui ont compris Uhud

Médine, mont Uhud, samedi 9 mai 2026 (22 dhoul qi’da 1447) – Dans le silence habité du lieu, les mots de l’imam keïta du vol 3  tombent, lourds de sens, sur le groupe de pèlerins ivoiriens qu’il guide. Ce matin-là, ils ne foulent pas une simple colline de Médine : ils entrent dans l’une des pages les plus déchirantes de l’histoire de l’islam.

« C’est ici que Sayyidina Hamzah, le lion d’Allah, a rendu son dernier souffle », disait l’imam, la voix serré Il rappelle le complot amer : l’esclave Wahsyi, armé par Hind, qui abattit l’oncle chéri du Prophète pour venger un père tombé lors de la bataille de Badr. « Le Messager d’Allah a versé ici des larmes qui ne se sont jamais vraiment séchées. Uhud n’est pas une simple défaite militaire : c’est une blessure d’amour gravée dans la roche. »

Puis l’imam tourne le regard vers les femmes du pèlerinage. Il évoque Nusaibah bint Ka’ab, une figure qui soulève aussitôt un temps d’admiration. Arrivée comme soignante, elle s’empare de l’épée et de la lance quand l’armée musulmane vacille. « Elle a blessé douze ennemis et a protégé le Prophète au prix de tout son corps. Le Prophète disait qu’en ce jour terrible, il ne tournait la tête sans la voir combattre à ses côtés. »

Pour les pèlerins ivoiriens, ces résonances traversent les siècles. Deux jeunes femmes restent longuement silencieux et évoque les sentiments. L’une d’elles confie, la voix encore pleine d’émotion : « Nusaibah m’a montré que la foi donne à la femme une place de première ligne. Mon combat, je le mènerai désormais dans ma vie de tous les jours, avec la même flamme. » Un jeune homme, étudiant à Abidjan, ajoute : « Ici, j’ai compris que la plus grande victoire, c’est celle que l’on remporte sur son propre ego. L’obéissance aux ordres, la constance, l’esprit de corps… tout est devenu concret devant cette montagne. »

La matinée s’achève par une invocation collective, face à la montagne silencieuse qui semble garder à jamais l’écho des larmes prophétiques. L’imam glisse une dernière leçon : « Gagner et perdre sont entre les mains d’Allah. Ce qui compte, c’est l’intention et la sincérité dans la défense de Sa cause. Uhud nous enseigne que derrière chaque défaite apparente, un plan divin prépare le relèvement. »

Les pèlerins ivoiriens repartent, le cœur chargé de ces récits. Uhud ne raconte pas seulement une bataille perdue à chaque visiteur que l’héroïsme n’a pas de genre, que la loyauté pèse plus que la victoire, et que le sang des martyrs continue d’irriguer la foi de ceux qui viennent s’y incliner, quatorze siècles plus tard.

 

DIANE MOUSSA