Hadj2025 : INTERVIEW avec une pèlerine

Hadja Touré Sata : « Grâce à ma nièce, je réalise enfin mon rêve de Hadj »

À 60 ans passés, Hadja Touré Sata foule pour la première fois la terre sainte de l’Islam. Derrière ce pèlerinage, une histoire bouleversante de complicité sororale, de fidélité posthume et de générosité filiale. Sa nièce, Fatou, fille de sa défunte sœur, a tenu à accomplir les dernières volontés de sa mère : offrir le Hadj à « ses deux mamans ». Un témoignage vibrant d’amour, de foi et de transmission.

Hadja, présentez-vous à nos lecteurs.

Je me nomme Touré Sata et je vis à Abidjan, au PK 18 précisément.

Est-ce votre première fois ici ?

Oui, c’est mon premier Hadj.

 Quelles ont été les circonstances de ce pèlerinage ?

Je suis ici grâce à Allah et à ma nièce, Fatou Touré, la fille de ma défunte petite sœur. Ma sœur et moi avons toujours été très proches. Depuis notre enfance, nous partagions une complicité rare. On nous appelait les sœurs siamoises. Nous nous aimions profondément et cela suscitait même des jalousies. Elle m’aimait comme on aime une aînée, comme on aime ses parents. Tout ce qu’elle gagnait, elle partageait avec moi. Elle me réservait toujours la meilleure part.

Quand elle revenait du village avec du fonio, de la poudre de gombo ou du soumara, elle m’en donnait presque tout. Nous nous confiions l’une à l’autre et respections mutuellement nos conseils. Elle disait souvent à ses enfants que le jour où ils auront les moyens de l’envoyer au Hadj, ce sera pour nous deux, ou elle n’ira pas. Elle leur disait aussi que si elle doit recevoir de l’argent, je dois en recevoir plus qu’elle.

Une anecdote : lorsque notre fille, Fatou, a commencé à envoyer de l’argent de France, ma sœur est venue chez moi en courant : « J’ai une bonne nouvelle, ma sœur. Fatou commence à nous envoyer de l’argent ! Elle nous a envoyé 25 000 francs. Tu prends 15 000, moi je prends 10 000. » J’ai refusé de toucher l’argent, elle me l’a lancé dessus en disant que si je ne fais pas ce qu’elle dit, elle ne prendra rien non plus. J’ai fini par céder. Aujourd’hui, sa fille m’aime autant qu’elle. Elle m’a même donné son prénom à sa propre fille. Elle est bénie. Elle a fait venir tous ses frères en France et m’a offert ce pèlerinage.

Quand votre sœur est-elle décédée ?

À la fin de l’année 2022. Qu’Allah lui fasse miséricorde, et que tout le bien que ses enfants me font soit une source de miséricorde pour elle. Qu’Allah bénisse leur descendance et qu’elle soit encore meilleure qu’eux.

Pourquoi dites-vous que ses enfants vous aiment plus qu’elle ?

Ils me font du bien avec le cœur. Fatou, chaque fin de mois, m’envoie de l’argent, sans jamais faillir, même après le décès de sa mère. Elle m’a donné l’argent du pèlerinage, de poche, pour un fauteuil en cas de difficulté à marcher, et même de quoi rénover ma maison. Elle a aussi donné de l’argent pour qu’un Hadj soit fait au nom de sa mère. Ainsi, nous accomplissons ce Hadj ensemble, même si elle n’est plus là. Que puis-je espérer de plus ? Nos vœux ont été exaucés.

Comment avez-vous réagi à l’annonce de votre départ pour le Hadj ?

J’ai pleuré toute la journée en pensant à ma sœur. J’étais émue par tant d’amour. Ils auraient pu cesser de m’aider après son décès, mais ils ont continué, fidèles à ses dernières volontés. Cela ne m’a pas surprise, car Fatou est d’une gentillesse extraordinaire.

Quelles sont vos impressions depuis votre arrivée à Médine ?

Arrivée à Médine, j’ai prié et dit à Dieu : « Chaque année, je regardais les pèlerins à la télévision. Je me demandais : à quand mon tour ? » Aujourd’hui, je suis parmi eux. Nous avons prié dans la mosquée du Prophète, visité des lieux saints dont nous n’entendions parler que dans les sermons. C’est très émouvant.

Quel message souhaitez-vous transmettre à nos lecteurs ?

Je veux leur dire de toujours préserver les liens familiaux, de pratiquer la sincérité et la générosité. C’est ainsi qu’on vivra heureux, qu’on récoltera les fruits de nos enfants, et que la famille africaine pourra s’épanouir.

   Paré (Envoyée spéciale)