Imam Koné Ousmane : « L’imam, artisan de la paix et gardien du vivre-ensemble »

Imam Koné Ousmane appelle à un imamat responsable, ouvert et engagé pour une société stable, unie et spirituellement équilibrée.

Dans un contexte marqué par les tensions sociales et communautaires, l’imam Koné Ousmane, guide religieux à la mosquée des Lauréats 6 de Cocody, partage sa vision d’un islam au service de la cohésion et du développement. Pour lui, l’imam doit être plus qu’un prédicateur : un bâtisseur de paix, un éducateur social et un modèle moral. De la jeunesse à la citoyenneté, il appelle à un imamat moderne, indépendant et exemplaire, inspiré du Prophète Mohammed (paix et salut sur lui).

Veillez-vous présentez cher imam ?

Je suis l’imam principal de la mosquée Cité LAURIERS 6 à Cocody.

Mon parcours scolaire a débuté par l’obtention du baccalauréat arabe à l’école Sabil Nadjah  en 2013. Par la suite, j’ai poursuivi mes études dans le système francophone. J’ai obtenu le BEPC  à Koumassi,  au collège Esther, non loin de la mosquée Rahman. Ensuite, j’ai intégré le collège Pascal, où j’ai préparé et obtenu le baccalauréat français.

Après cela, j’ai été orienté à l’ESMA, où j’ai fait deux années en Ressources humaines et communication, avant de poursuivre une licence en Gestion des Ressources Humaines à ESCAM, près de la gendarmerie de Cocody.

Plus tard, j’ai réussi le concours d’entrée à l’INGS, où j’ai suivi deux années de formation en maîtrise de l’éducation permanente.

Actuellement, je poursuis mes études à l’Université Musulmane Africaine, en troisième année de Charia et Droit.

Quel est le rôle de l’imam dans la prévention des conflits communautaires ?

L’imam joue un rôle crucial dans le règlement et la prévention des conflits.

Il est un bâtisseur de société, de par son comportement, ses sermons et sa collaboration avec la population.

Même s’il agit d’abord pour la cause musulmane, son rôle dépasse largement ce cadre : il doit être un pont entre les différentes communautés, musulmanes comme non musulmanes. La paix, la cohésion et la stabilité profitent à toute la société, pas seulement aux musulmans. L’imam, pour exercer pleinement sa mission, a besoin d’une société stable et apaisée. Il doit donc veiller à la sérénité du climat social et à l’équilibre des relations au sein de sa communauté et au-delà.

Comment l’imam peut-il promouvoir la paix sociale à travers ses sermons ?

Lors de ses sermons, l’imam doit toujours, à l’image du Prophète Mohammed (paix et salut sur lui), faire la promotion de la paix.

Le mot Islam lui-même vient de As-Salam, qui signifie paix.

Chaque fois que nous nous saluons par As-salamualaykum, nous faisons déjà la promotion de la paix.

Ainsi, à travers ses prêches, l’imam doit insister sur l’importance de la paix, les bienfaits de la paix, mais aussi sur les conséquences désastreuses de son absence.

Une société en conflit est une société instable, sans développement ni prospérité.

L’imam doit aussi, dans sa relation avec les autres, éviter toute forme de stigmatisation.

Il doit valoriser le vivre ensemble, même avec les non-musulmans, à l’image du Prophète qui, par son comportement exemplaire, a su attirer de nombreuses personnes vers l’Islam.

La paix n’est pas qu’un mot : c’est un comportement et un devoir collectif.

En quoi l’imam est-il un acteur essentiel du vivre-ensemble ?

Aujourd’hui, l’imam est indispensable au maintien du vivre-ensemble.

Dans nos sociétés, de nombreuses personnes n’écoutent que la voix de leur imam, qu’elles considèrent comme un guide moral et spirituel. L’imam est donc une figure d’influence et de confiance. Sa parole porte, son comportement inspire. C’est pourquoi il doit user de son autorité morale pour promouvoir la cohésion, la tolérance et la solidarité entre les différentes composantes de la société.

Comment concilier missions religieuses et engagement civique ?

Être musulman, c’est aussi être un citoyen responsable.

Nous vivons dans un pays régi par des lois et des règles.

L’engagement religieux ne doit donc pas exclure l’engagement civique.

La véritable pratique de l’islam pousse à la bonne conduite citoyenne :

Protéger la nature, respecter les biens publics, éviter la corruption, aider son prochain, sourire à son frère. Toutes ces valeurs islamiques sont aussi des valeurs civiques. Un bon musulman est, de fait, un bon citoyen, car sa foi l’amène à agir pour le bien commun et l’ordre social.

Quels défis rencontrent les imams dans les quartiers populaires ?

Dans les quartiers populaires, l’imam fait face à une population diverse et complexe : riches et pauvres, lettrés et illettrés, jeunes et anciens.

L’imam doit donc adapter son discours et ses actions à la réalité de son environnement. Cela nécessite un renforcement constant des capacités intellectuelles et spirituelles. Un imam ne doit jamais sombrer dans la paresse intellectuelle. Il doit apprendre, se former, s’informer, pour mieux servir sa communauté. Plus son public est varié, plus il doit développer des compétences multiples pour répondre aux besoins de tous.

Comment renforcer la crédibilité morale et spirituelle de l’imam ?

L’imam doit suivre l’exemple du Prophète Mohammed (paix et salut sur lui), modèle de courage, de droiture et de dignité.

Il doit être fort, constant et intègre face aux nombreux défis : économiques, intellectuels, sociaux, spirituels et familiaux. Sur le plan économique, il ne doit pas dépendre entièrement de ses fidèles.

Il lui faut développer des initiatives autonomes, des projets qui lui permettent de préserver sa dignité et son indépendance. La crédibilité morale et spirituelle de l’imam repose aussi sur son éthique et son exemplarité.

Être imam ne signifie pas être pauvre ou limité : un imam peut être intellectuellement brillant et même économiquement prospère, s’il s’en donne les moyens. Comme le Prophète l’a prouvé, la noblesse du caractère et la compétence attirent la confiance et le respect. C’est ainsi que se construit une réputation solide et durable.

Quelle est la place de la jeunesse dans la vision portée par l’imam ?

Le Prophète Mohammed (paix et salut sur lui) a dit que sa communauté repose sur deux piliers : les jeunes et les femmes. La jeunesse est le moteur de latransmission et du changement. Les jeunes sont dynamiques, ouverts et souvent porteurs d’espérance. Ils constituent donc la force vive de la communauté.

L’imam doit investir dans la jeunesse, la former, l’accompagner et la responsabiliser. Un imam éloigné des jeunes est un imam proche de la chute.

En soutenant les jeunes, l’imam assure la pérennité et la vitalité de sa communauté Chaque imam est un messager de l’islam auprès de sa population.

Il doit incarner les valeurs qu’il prêche : la justice, la générosité, la vérité, la paix.

Un imam qui parle de paix tout en semant la division perd sa crédibilité.

Il doit être fidèle à ses paroles, cohérent entre ce qu’il dit et ce qu’il fait.

C’est cette cohérence qui fait de lui un modèle véritable, capable d’inspirer et de construire une société apaisée.

Mot de fin ?

Je tiens à remercier le journal Islam Info pour la confiance accordée à travers cette interview. Je souhaite également encourager une collaboration accrue avec la jeunesse, car si les anciens ont l’expérience, les jeunes ont l’espérance.

L’expérience appartient aux aînés, mais l’espérance est la force de la jeunesse.

C’est ensemble, dans le dialogue et la solidarité, que nous bâtirons une société véritablement pacifique.

DIANE MOUSSA