Je suis musulman : Huit jours de marche, une vie transformée

Le narrateur raconte :

L’année dernière, j’ai voyagé en Belgique pour participer à une compétition de marche de longue distance, qui s’étendait sur huit jours. Les participants étaient tenus de marcher chaque jour de huit heures du matin à trois heures de l’après-midi, en parcourant une distance déterminée ; quiconque n’y parvenait pas était éliminé de la compétition.

Nous étions une vingtaine de participants, issus de cultures et de religions diverses, et j’étais le seul musulman parmi eux.
À cette époque, je n’étais pas aussi droit et assidu dans l’obéissance que je l’aurais dû, mais il restait dans mon cœur une part de pudeur devant Dieu et des traces de vénération pour cette religion.

Le règlement de la compétition prévoyait qu’à quinze heures, un bus nous rejoigne en apportant à chaque participant une tente, de la nourriture, de l’eau… et une bouteille de vin.
Le premier jour, au moment de distribuer les bouteilles, l’organisateur me tendit la mienne en disant, sur le ton de la plaisanterie, en s’adressant à mes compagnons et en se moquant de moi :
« Celui-ci prétend qu’il est musulman. »

Certains rirent, et l’un des participants, un Belge, demanda :
— Tu bois du vin alors que tu es musulman ?
Je répondis, animé d’un élan qui ressemblait à de la jalousie, non pour moi-même mais pour la religion de Dieu :
— Non, je ne bois pas de vin, car je suis musulman.

Lorsque l’heure de la prière du maghrib arriva, je sortis de ma tente dans un froid glacial pour faire mes ablutions, bien que je ne fusse pas alors régulier dans la prière comme il se devait. Le Belge me vit et dit, étonné :
— Comment peux-tu laver tes membres avec de l’eau par un froid et un vent pareils ?
Je répondis simplement :
— Je suis musulman.

Un autre jour, le froid s’intensifia au point que mon compagnon belge se mit à trembler. J’enlevai la veste que je portais et la lui donnai. Il me dit :
— Et toi ? Tu vas avoir froid et tomber malade !
Je répondis :
— Je suis musulman, et ma religion m’ordonne d’honorer le compagnon et d’aider celui qui est dans le besoin.

Un jour encore, un homme bouddhiste qui était avec nous trébucha. Je l’aidai, le soutins pour continuer et le tins jusqu’à ce qu’il atteigne le point requis.
Le Belge me dit alors, étonné :
— Pourquoi fais-tu cela malgré la difficulté du chemin ?
Je répondis :
— C’est ainsi que l’islam m’a éduqué.

Puis arriva le dernier jour de la compétition. La fatigue avait atteint tout le groupe à son comble.
Les participants se mirent d’accord pour s’arrêter une heure en chemin afin de se reposer et de prendre des boissons, et ils convinrent d’un faux prétexte à présenter aux organisateurs.

Lorsque nous arrivâmes, les organisateurs dirent :
— Vous êtes en retard ; quiconque n’a pas d’excuse valable n’obtiendra ni le certificat de la compétition ni aucune récompense.

Tous mentirent…
Quand vint mon tour, je dis la vérité telle qu’elle était : nous nous étions arrêtés une heure pour nous reposer. À cause de cela, je fus privé de mon certificat et de la récompense.

Mon compagnon belge me murmura à l’oreille :
— Si tu avais menti comme nous, il ne te serait rien arrivé !
Je répondis :
— Je suis musulman, et le musulman ne ment pas.

Lorsque la compétition prit fin, nous échangeâmes nos numéros de téléphone, puis chacun retourna dans son pays.
Neuf années passèrent, et je reçus un appel d’un numéro belge. Je répondis ; l’interlocuteur se présenta, mais je ne me souvenais pas de lui. Il dit alors :
— J’ai ouvert mon carnet de notes et j’y ai trouvé ton numéro, avec à côté cette phrase : « Un musulman qui ne ment pas ».

Je t’ai donc appelé et il me rappela l’histoire de cette compétition de marche ; alors je me souvins de lui. Il insista pour que je lui rende visite et m’envoya l’adresse de sa petite ville. J’organisai mes congés et partis le voir.

Lorsque j’arrivai à l’adresse indiquée, qui était un magasin, je trouvai un homme dont l’apparence et la dignité rappelaient celles des musulmans. Je lui demandai mon compagnon ; il répondit en souriant :
— C’est moi.

Il ouvrit les bras et m’embrassa longuement en disant :
— Tes actes m’ont guidé vers l’islam, la vraie religion de Dieu. J’ai fondé un petit lieu de prière dans mon village pour ceux qui m’ont suivi parmi les gens.

Qu’Allah te récompense pour moi, élève ton rang et facilite ton chemin.
Lorsqu’il relâcha son étreinte, je me prosternai sur le sol de son magasin, remerciant longuement Dieu de m’avoir fait être une cause de son entrée en islam.

Et Dieu est le Guide.

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