La femme voilée, une assistée ?

Dialogue autour du statut de la femme en islam.

Femmes au foyer, auto-entrepreneuses, salariées, consultantes, quelles réponses apporter aux questions que l’on se pose sur le statut de la femme dans la société moderne et à travers le temps?

Analyse au regard du hadith de Djibril sur l’explication de ce qu’est notre religion.

بسم الله الرحمن الرحيم

Au nom d’Allah le Tout miséricorde, Le Miséricordieux

Cet article s’inscrit en réaction à une discussion dont j’étais, parmi d’autres, partie prenante. L’avis ici exprimé est en mon sens représentatif d’une partie signifiante de la population, qu’elle soit musulmane ou non. Il est pourtant en mon sens profondément réducteur, voir méprisant et surtout, il amoindrit la pratique de l’islam et comporte en ce sens un important danger pour quiconque souhaite se prémunir.

Avant de vous partager cet échange, commençons par des considérations religieuses et des notions d’ordre théologique.

Hadith de Djibril :

’Omar ibn al-Khattab (que Dieu l’agrée), a rapporté :

Un jour alors que nous étions assis auprès de l’envoyé de Dieu ﷺ, apparut soudain à nous un homme aux habits d’une vive blancheur, et aux cheveux d’une noirceur intense, aucune trace de long voyage n’ apparaissait sur lui et personne parmi nous ne le connaissait. Il vint s’asseoir en face du prophète ﷺ, plaça ses genoux contre les siens et posa les paumes de ses mains sur ses deux cuisses, et il lui dit :

– Ô MOHAMMAD : informe-moi au sujet de l’Islam.
– « L’ Islam » répondit le prophète ﷺ est que tu témoignes qu’il n’est pas de divinité si ce n’est Allah et que Mohammad est l’envoyé d’Allah, que tu accomplisses la prière, verses la Zakat (l’aumone légale), jeûnes durant le mois de ramadan et effectues le pèlerinage vers La Maison Sacrée, si tu en as la possibilité.
– Tu dis vrai ! dit l’homme.

Nous fûmes pris d’étonnement de le voir interrogeant le Prophèteﷺ puis l’approuver. Et l’homme de reprendre :

– Informe moi au sujet de la foi / al-Iman.
– C’est, répliqua le prophète ﷺ de croire en Dieu, en Ses Anges, en Ses Livres, en Ses Envoyés, au Jour Dernier et de croire dans en la Prédestination / el Qadr du bien comme du mal.
– Tu dis vrai, répéta l’homme qui reprit en disant :
– Informe moi au sujet de l’excellence / al-Ihsan
– C’est répondit le prophète ﷺ que tu adores Allah comme si tu le voyais, car si tu ne le vois pas, certes, Lui te voit.

[…]

Là-dessus, l’homme s’en fût. Quant à moi, je restais un moment silencieux. Ensuite le Prophète ﷺ me demanda :

– ’Omar ! Sais-tu qui interrogeait ?

– Allah et Son envoyé le savent mieux, répondis-je
– C’est (l’ange) Gabriel, -aleyhi salam- dit le Prophèteﷺ qui est venu vous enseigner votre religion.

Rapporté par Mouslim, 2ème hadith du receuil des 40 ahadith de Nawawi

Ce hadith, -dont j’ai enlevé un passage pour me focaliser sur ce que je vais développer- met en exergue et définit les trois composantes de la religion (El din) : El islam (et ses 5 pilliers) , El iman (et ses 6 pilliers) et El ihsan (adorer Allah comme si on le voyait). Il y a divergence entre les savants au sujet d’une éventuelle hiérarchie établie par ce hadith. L’islam précède-t-il la foi et le plus haut degré de foi serait-il l’excellence, le bel-agir ? Ou la foi précède-t-elle l’entrée en islam car quiconque prononcerait la shahada* sans que la foi n’est pénétré son coeur ferait preuve d’hypocrisie ? A vrai dire, Jibril ne donne aucune hiérarchie mais cite l’ensemble des éléments constitutifs de la religion. L’ esprit humain a souvent besoin de schématiser et de classifier pour mieux intellectualiser, mais vouloir placer une des facettes avant une autre est une erreur, chacune de ces composantes est fondamentale, et leur intensité peut varier durant la vie de chacun et entre les êtres humains, tous étant différents les uns des autres. Je vous propose donc une triangulation, que j’ai établi avec à coeur l’enjeu d’accorder autant d’importance à chacun des aspects pour tendre vers l’ idéal type du musulman complet. Je m’inspire bien entendu de ce qu’on dit les grands savants pour le compléter.

* ٱلشَّهَادَة : As-shahada : Le témoignage, l’attestation, ou encore la profession de foi. Consiste à prononcer : «  j’atteste qu’il n’y a pas de divinité en dehors d’Allah et j’atteste que Mohammed est le Messager d’Allah  » et à pour effet immédiat l’intronisation en islam.

Schéma synthétisant ce qu’est la religion au regard de ce hadith :
Par @khadijaassirat, as-sirat.com
CAS PRATIQUE : quelle place pour le port du voile dans la société occidentale. Dialogue autour de perceptions antagonistes.

Maintenant que nous avons abordé la vision religieuse d’ensemble à garder en tête, je vous partage l’échange dont je vous parlais précédemment. Je me garderai de plus commenter et vous laisse réfléchir par vous même aux parallèles à faire avec la triangulation ci-dessus.

Voici ce que j’ai pu lire en réponse à une soeur qui exprimait sa volonté de se voiler au bureau :

« Je pense que le travail est essentiel, tant pour l’homme que pour la femme. Votre volonté de porter le voile au bureau est louable mais selon moi, n’est pas essentielle. Si votre entreprise n’accepte pas votre demande, ne le prenez pas comme un échec. Ne vous dites pas que ce n’est pas une entreprise empathique, qu’il faille la quitter. Ou ne vous dites pas que vous êtes mauvaise musulmane. Je retrouve beaucoup de musulmanes autour de moi qui ne travaille pas sous prétexte de porter le voile au travail à tout prix. Je ne pense pas que le musulman doit avoir une position d’assisté mais plutôt d’assistant. Travailler c’est contribuer à son indépendance mais à vocation également d’aider les autres au travers de sadaqa, zakat, da’wa, etc. Travailler est en somme un acte d’adoration.
En espérant que mon texte vous soit utile.
«

Voici, ma réponse enrichie :

« Ne pas percevoir de salaire ne signifie pas être assistée. Est-ce que la femme d’un couple qui fonctionne bien avec une épouse au foyer et un époux au travail est assistée  ? Une femme (diplômée ou pas), qui se voile, se marie, ne travaille pas pour un salaire, ne perçoit pas pour autant de prestations sociales puisque le salaire du ménage est suffisant, n’est pas assistée (d’ailleurs considérer que ceux qui perçoivent des prestations sociales sont des assistés est une preuve de la non adhérence au principe de la justice sociale propre aux sociétés redistributrices et est une forme de remise en question de l’État Providence bismarckien, qui est pourtant une avancée majeure du XXème siècle en ce qu’il constitue un gage de réduction des inégalités sociales et de dépassement trans-classes pour les couches les moins favorisées). C’est tout l’inverse, elle fait parfois du bénévolat, et s’investit corps et âme dans son foyer contre une rémunération que son mari lui partage avec reconnaissance, respectant ainsi la prescription divine suivante qui enjoint à l’époux de subvenir au besoin de sa femme, en échange des bonnes oeuvres dont l’épouse fait don au mari :

« Les hommes ont une responsabilité (/se tiennent debout)* face aux femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont dévouées (à Allah*), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection d’Allah. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et provoquez en elle un électrochoc. Si elles se soumettent, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand ! »

sourate 4 An-Nisa verset 34

*ont une responsabilité / se tiennent debout : Qawwāmūna : Souvent traduit maladroitement par « ont autorité sur » alors que la racine provient de « se tenir debout » qui traduit plus une notion de responsabilité que d’autorité et souligne le devoir de sécurité et de protection du mari envers sa femme

*sont dévouées qanitatoun : Souvent traduit par « obéissantes (à leur époux) » or il s’agit d’une interprétation. Le verset ne précise pas cela et se suffit du terme quanitatoun. Le terme « Qânitât » est le féminin pluriel de « Qânit » qui exprime l’idée d’être « abstinent », « dévoué », « modeste » ou encore « pieux ». terme par ailleurs utilisé à plusieurs reprise dans le coran pour traduire la notion de dévotion envers Dieu et non envers une créature.

Et nombre d’entre elles, dans leur autonomie et conviction montent leur propre business, deviennent auto-entrepreneuses voilées. Doit-on s’adapter forcément au système ou doit-il s adapter à nous. Il existe en France, pays occidental démocratique parmi les plus discriminatoires envers les femmes voilées, des boulangeries tenues par des musulmanes qui portent le hijab, des enseignantes dans le secteur privé ou encore des leaders qui créent leur propre structure éducative parce que le système public les a exclues. « La pierre qui a été rejetée par le batisseur, est devenue la pierre angulaire »*.

* : Références bibliques : Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 21:42, Marc 12:10, Luc 20:17, Pierre 2:7, Psaume 118:22, Actes 4:11

Citons encore pour exemple cette jeune femme qui multipliait les emplois précaires puis qui décida de se voiler, d’aller à ses entretiens ainsi et qui depuis des années maintenant est dans la même entreprise qui l’accepte telle qu’elle est.  « Les actions ne valent que par les intentions qui les motivent et chacun n’a pour lui que ce qu’il a eu réellement l’intention de faire. Celui qui émigre pour Dieu et Son Messager, son émigration lui sera comptée comme étant pour Dieu et Son Messager. Et celui qui émigre pour acquérir des biens de ce bas-monde ou pour épouser une femme, son émigration ne lui sera comptée que pour ce vers quoi il a émigré. » (Rapporté par Boukhari et Mouslim, hadith ouvrant l’ouvrage les 40 a-hadith de Nawawi). Il n’y a pas un modèle unique. Pour certains le travail est gage d’indépendance, pour d’autre il est facteur d’aliénation, rappelons d’ailleurs la racine du mot travail : vient du latin tripalium, qui était un instrument de torture composé de trois pieux. Travailler a eu également le sens de voyager, sens qui se lie à celui de peine, de fatigue ; c’est de cette acception que dérive l’anglais to travel, voyager. Le mot travail a ensuite migré vers le sens moderne d’«activité professionnelle rémunérée ». Une étymologie qui ne nous incite pas à envier ce devoir aux hommes, bien que rien ne nous empêche en islam de travailler, ceci dit, ceci ne doit ni se faire au dépend de nos convictions religieuses, ni être perçu comme une nécessité. De nos jours bon nombre d’époux souhaitent que leur femme contribue au salaire du foyer et ceci est contraire à l’esprit de l’islam, la rémunération de la femme étant un plus qu’elle peut partager comme garder pour elle seule selon son bon vouloir, son activité rémunératrice n’étant qu’un ajout autorisée mais ne devant pas amoindrir ses autres devoirs envers son foyer. Et Allah sait combien il est difficile pour un couple avec enfant de concilier vie professionnelle et vie familiale lorsque les deux partenaires travaillent à temps plein.

En mon sens rester fidèle à soi-même et à ses convictions, sans craindre de manquer est ce qu’il y a de meilleur. C’est Allah qui subvient à nos besoins, Il est Ar-Razzâq, le grand pourvoyeur. Chacun a son rizq, sa subsistance, préalablement écrite. Rappelons ainsi la sagesse contenue dans la notion essentielle de nécessité en Islam : darûrà, que l’on peut expliciter par l’expression : « À l’impossible, nul n’est tenu ». C’est là qu’entre en jeu la sincérité du coeur et des intentions. Comme je le rappelle dans l’article De la sincérité des actes [VIDÉO], il existe en Islam dans toute les pratiques une facette visible et une facette cachée, à chacun d’identifier où se situe clairement son intention, dans les choix qu’il fait. En économie nous appelons coût d’opportunité la valeur du renoncement induit par un choix. Choisir c’est renoncer mais à chacun d’évaluer ce qu’il est prêt à sacrifier pour bénéficier d’ une contrepartie. Suis-je prête à renoncer à une partie de ma religion pour acquérir des biens de ce monde, une réputation, une légitimité, ou préférerais-je renoncer à un poste en faisant pleinement confiance à Allah wa tala dans ce qu’il m’offrira comme option si je me conforme pleinement à ses exigences, qui sont foncièrement ce qu’il existe de mieux pour moi du fait qu’Il est celui qui m’a créée : qui en effet sait mieux que le fabriquant ce qui convient parfaitement à ce qu’il a produit ?

Cela me fait penser aux prénoms. Doit-on donner a nos enfants des prénoms passent partout ou faut il leur donner des prénoms musulmans traditionnels pour qu’ils soient acteurs à leur tour du rayonnement de l’Islam. Tout dépend en qui on porte sa confiance. Je m’excuse pour ces longs propos, mais ces sujets sont passionnants et il me fait plaisir d’échanger avec vous. En vous souhaitant à tous une belle journée. Ya Allah fait que nous soyons parmi les meilleurs de tes adorateurs, parmi tes rapprochés. »

Et sa réponse en retour :

« L’indépendance financière chez la femme est nécessaire. Être assisté signifie être dépendant de quelqu’un ou quelque chose. Un foyer où la femme subvient à ses besoins par le biais d’un tiers est une forme d’assistanat. Le jour ou le mari ne sera plus en capacité de travailler, ou s’il n’est plus là, que ce passe-t-il ? Penses-tu que les actions bénévoles de sa femme et son investissement dans le foyer lui permettront de subvenir à ses besoins, payer le loyer, faire les courses ?
Ce dont elle aura besoin c’est d’argent, qu’elle aura obtenu licitement, comme tu dis avec l’argent de sa relation commerciale avec son mari si tu veux. 

C’est la société actuelle qui veut cela et il n’y a pas de honte à tirer profit d’une activité professionnelle rémunérée. C’est Allah qui donne le risq je suis complètement d’accord, maintenant cela ne signifie pas qu’il faut se croiser les bras et attendre que cela vienne, il faut faire les causes.
Allah dans son infinie sagesse nous a donné le libre arbitre, la liberté de décider de nos actions. (tawakul vs sabab).
Ceci étant dit, les faits sont là, que deviennent la plupart des femmes qui n’ont pas d’argent de côté, qui se sont mariées et/ou ont eu des enfants ? Elles retournent chez leur parents ou se mettent à chercher un travail, ou se font aider soit par l’Etat, les proches, la communauté, etc. 

Et encore une fois les faits sont là, que deviennent les femmes voilées qui ne veulent pas se dévoiler mais veulent subvenir à leur besoin ? Si elles n’ont pas la chance de tomber sur une entreprise conciliante, elle deviennent pour la plupart, si l’ambition est présente, auto entrepreneur. Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose, au contraire c’est super de voir la communauté entreprendre, nous en avons besoin.
Pour conclure et aider notre sœur car c’est le sujet initial, je réitère, la réalité est parfois dure et il ne faut pas abandonner ou désespérer si le monde ne tourne pas comme on le souhaite. »

Ma réponse finale :

 » Je pense qu’on est d’accord même si on est pas d’accord. Tout est une question de bonne compréhension. Je vais préciser les choses :

1. Si une femme est contrainte de se dévoiler pour subsister à ses besoins elle peut se dévoiler pour travailler, de la même manière que celui qui contracte un crédit car il ne peut pas louer une maison (et non parce qu’ils ne peut pas acheter sans crédit), ou celui qui boit de l’alcool ou mange du porc ou renie Allah contraint et forcé.

2. La peur amène à de nombreux déraillements. Allah a prescrit à l’homme d’être responsable sur la femme, il en a fait une héritière de son mari, n’a oublié aucun détail et ne lui demande pas de rester les bras croisés. Une peur n’est pas une excuse suffisante par rapport au renoncement qu’est le voile, c’est surtout une façon de se donner bonne conscience. Il est plus logique de faire des économies et de prendre soin de son foyer que de vouloir travailler à tout prix, (en islam la fin ne justifie pas les moyens) peut être même dans des emplois avilissants et pour des salaires modiques (dixit la femme qui refuse totalement d’être dépendante de son époux ou le mari qui refuse totalement que sa femme ne travaille pas parce qu’il la perçoit comme ayant les bras croisés à la maison). Si la femme travaille son argent est pour elle essentiellement, mais si elle fait mieux et partage avec son mari c’est mieux bien-sûr. Et elle a le droit de travailler, je suis ni pour ni contre que la femme travaille, je situe juste la contrainte à un autre niveau que vous(1.). Par contre pour l’homme c’est une obligation et je pense que nous ne partageons pas la même vision du couple. Le mari est-il un assisté parce que la femme s’occupe d’énormément de choses à sa place dans le foyer par exemple. La vision moderne de la parité peut nous faire passer à côté de l’essentiel. Je vous assure que porter des enfants, les mettre au monde, les éduquer, les choyer, s’occuper du foyer, de sa religion, avoir des projets personnels non-rémunérateurs (parce que c’est important de ne pas s’oublier), prendre soin de son époux, gérer parfois ses affaires (sans le monnayer : combien sont les femmes à s’occuper de la comptabilité, des rendez-vous, des ressources humaines de l’entreprise de leur époux par exemple, et l’inverse et valable aussi), tout ceci contribue au bien être du foyer et à la rentrée d’argent. On pourrait l’appeler entre-aide et gage de la réussite commune plutôt que « relation commerciale ». Le couple c’est comme la main gauche, et la main droite, ce que l’un fait contribue au bonheur de l’autre. Personne n’est à l’abri de perdre son emploi, et il faut rester actif, mais cela ne passe pas forcément par un emploi rémunéré, il faut s’instruire, construire et justement lorsque le mari fait confiance à sa femme et lui donne le temps de monter un projet c’est souvent bien plus fructueux que de lui dire je risque de mourir soit pas assistée, va au charbon toi aussi.

3. Tout repose sur votre conviction profonde du caractère nécessaire du voile et de la grande sagesse qu’il y a derrière. Ce que j’entends dans vos propos c’est que le voile est facultatif et qu’il n’a pas vraiment d’intérêt en gros puisqu’il peut être délaissé au profit d’une simple crainte de manquer dans l’avenir (si l’époux meurt par exemple, qu’Allah nous préserve nos proches et qu’il fasse que l’on soit de ceux qui se prémunissent pour la vie d’ici bas et de l’au delà). Une crainte n’est pas une contrainte. Je crains que je ne lègue pas de maison à mes enfants donc je fais un crédit et je prends un risque bien plus grand en mon sens, celui de perdre toute la baraka qu’Allah met dans un bien en  l’acquérant de façon illégitime. Cela traduit l’incompréhension de la sagesse divine derrière l’interdiction de l’usure, l’usure empêchant les gens d’agir pour une bonne cause, puisqu’ils se font rémunérer pour leur bonne action (prêter de l’argent) et avec des conséquences extraordinaires (système financier actuel, manque de confiance les uns envers les autres : on préfère demander à une banque qu’à un ami etc.) et tout ce-là traduit surtout le peu de confiance porté en Allah au dessus duquel on place l’acquisition de biens dans ce bas monde (qui d’autres qu’Allah fera que nos enfants seront dans le besoin ou non). Il en est de même pour le voile. Si je vous dis qu’en tant que femme voilée, le voile est le garant de ma taqwa (pleine conscience d’Allah), qu’il est pour moi à la fois une protection et un cadeau puisqu’il me permet d’appartenir pleinement à ma communauté (sans lui je ne suis plus musulmane aux yeux des autres, notamment car je ne ressemble pas à une musulmane, puisque je ne suis pas arabe) que me contraindre à le poser alors qu’il ne me dérange pas pour ma mission c’est comme si on vous obligez à travailler torse nu, en tout cas dans une tenue que vous ne pourriez pas porter pour prier (notion de awra -parties à cacher- liée à la fonction du vêtement). Mon voile c’est mon rappel permanent à Allah et je ne veux pas le délaisser. Il a un sens qui vous dépasse peut être pour l’instant mais qui existe bel et bien. Et le pire c’est qu’il m’arrive de le faire, parce que je suis convertie et que je veux préserver mes liens familiaux. Alors le délaisser occasionnellement pour mes parents passe encore, bien que je le regrette et que j’espère me tirer de cette situation prochainement. Mais c’est aussi pour pouvoir le porter, pour pouvoir pratiquer ma foi, que j’ai choisi de déménager, de délaisser les postes que j’occupais, de mettre tout en oeuvre pour que ma réforme soit la meilleure possible, alors le libre arbitre j’en sais quelque chose. Vous comprendrez que l’enlever pour un boulot peut être même pas épanouissant parce que je crains que mon époux meure et qu’il me faille faire des économies dans cette perspective me parait un peu farfelu. D’autant plus que nos enfants, c’est maintenant qu’ils ont besoin de nous et que pour l’instant notre répartition des tâches fonctionne bien, Al hamdoullilah. Par contre ma foi est telle que je me dis que si demain nous venions à manquer, Allah me facilitera un chemin pour que je puisse subvenir au besoin de ma famille par mes propres moyens, Allah ne nous fait pas endurer plus que nous ne pouvons supporter. De plus je pense que l’éducation des femmes est primordiale, tout d’abord parce qu’elles restent parfois célibataires, mais encore parce qu’ainsi elles peuvent se prémunir de beaucoup de désagréments dont celui que vous évoquiez à savoir le manque de ressources si leur époux venait à les quitter ou même dans la situation où il n’arriverait pas à lui seul à subvenir aux besoins de la famille.

4. Par ailleurs renoncer à des biens matériels pour rendre plus grande sa proximité avec Allah n’est pas à négliger, grosso modo peu sont ceux qui ne pourraient pas survivre en portant le voile. Par contre oui certaines renoncent à un travail pour se voiler et il n’y a rien à mépriser en ce-là, il faudrait tout étudier au cas-par-cas encore une fois c’est l’intention derrière qui compte, je ne connais pas de femme pour qui le voile est une excuse à l’inactivité, et bien entendu que ça doit exister, cependant ce n’est pas du tout mon propos ici.

Fraternellement et en espérant ne blesser personne, je m’emporte un peu parfois mais j’essaie de le faire avec humour et je comprends bien ce que vous dites, qui d’ailleurs n’est pas dénué de sens, j’essaie juste de vous laisser entrevoir d autres visions. »

Chers lecteurs courageux, vous retrouvez-vous dans cet échange? Arrivez-vous à faire des parallèles avec le hadith de jibril et la triangulation proposée ? La trouvez-vous pertinente ? Souhaitez-vous des approfondissements ? Avez-vous des questions ? Quelles sont vos objections ? J’espère apprendre de vos expériences personnelles.

En espérant, insha’Allah lire vos commentaires qui auront pour finalité la conclusion de l’article. Qu’Allah augmente notre science utile et nous éloigne de la prétention et de l’orgueil. Au plaisir d’échanger avec chacun d’entre-vous.

En mon sens rester fidèle à soi-même et à ses convictions, sans craindre de manquer est ce qu’il y a de meilleur. C’est Allah qui subvient à nos besoins, Il est Ar-Razzâq, le grand pourvoyeur. Chacun a son rizq, sa subsistance, préalablement écrite. Rappelons ainsi la sagesse contenue dans la notion essentielle de nécessité en Islam : darûrà, que l’on peut expliciter par l’expression : « À l’impossible, nul n’est tenu ». C’est là qu’entre en jeu la sincérité du coeur et des intentions.

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