Longtemps cantonné à des initiatives locales ou communautaires, l’enseignement islamique en Thaïlande connaît aujourd’hui une transformation profonde. Soutenu à la fois par les autorités religieuses et par l’État, ce secteur s’oriente désormais vers un modèle institutionnel structuré, ambitieux et résolument tourné vers l’avenir. Selon le site Muslims Around The World, les récentes réformes traduisent une volonté claire : faire du pays un pôle régional majeur des études islamiques en Asie du Sud-Est.
Une stratégie nationale pour refonder l’enseignement islamique
Ces derniers mois ont été marqués par une succession d’initiatives inédites, qui ne relèvent plus d’actions isolées mais d’un véritable projet national. L’objectif est de reconstruire l’enseignement islamique sur des bases académiques modernes, capables de conjuguer tradition religieuse, rigueur scientifique et besoins contemporains.
Naissance du Conseil des universitaires musulmans de Thaïlande
Le 4 décembre 2024, la capitale Bangkok a été le théâtre d’une annonce majeure : la création officielle du Conseil des universitaires musulmans de Thaïlande.
Cette nouvelle institution est issue d’un protocole d’accord réunissant le ministère de l’Enseignement supérieur, le Conseil central islamique de Thaïlande — dirigé par le Grand Mufti — ainsi que douze universités et collèges du pays.
Trois missions structurantes lui ont été confiées :
- Mettre en place un mécanisme central de développement de la recherche et des programmes islamiques modernisés
- Soutenir la création d’un Centre d’enseignement islamique répondant aux standards universitaires internationaux
- Élaborer une vision stratégique à long terme baptisée « Vision islamique Thaïlande 2030 »
Cette démarche vise à positionner la Thaïlande comme un centre pivot des études islamiques régionales, où l’autorité religieuse s’allie à l’excellence académique.
Un centre de langue arabe adossé à Al-Azhar
Autre avancée majeure : la création envisagée d’un centre d’enseignement de la langue arabe affilié à la prestigieuse Université Al‑Azhar.
Jusqu’ici, de nombreux étudiants thaïlandais envoyés en Égypte rencontraient des difficultés en raison d’un niveau linguistique insuffisant. Ce nouvel institut vise précisément à combler cette lacune en préparant les candidats avant leur départ.
Le projet repose sur deux axes essentiels :
- Une plateforme pédagogique accréditée conforme aux standards d’Al-Azhar
- Un système transparent de sélection des boursiers fondé sur des critères académiques
À terme, l’objectif est de former une nouvelle génération de diplômés capables de renforcer l’enseignement islamique au niveau national et régional.
Des bourses pour former l’élite musulmane de demain
Parallèlement aux réformes structurelles, le pays a lancé la sixième édition des bourses du Cheikh al-Islam, offrant 270 financements universitaires du niveau licence au doctorat.
Ce programme est mené en collaboration avec Université Krirk et vise à former des cadres dans des domaines islamiques, administratifs et linguistiques répondant à la fois aux besoins de la communauté musulmane et aux exigences de l’État moderne.
Au-delà de l’aide financière, ces bourses participent à :
- La constitution d’un corps académique qualifié au sein du pays
- Le renforcement des liens entre institutions religieuses et universités
- L’insertion professionnelle durable des jeunes diplômés
Vers un modèle régional d’enseignement islamique
Pris ensemble, ces développements dessinent les contours d’une transformation historique. La Thaïlande ne cherche plus seulement à soutenir son enseignement islamique : elle ambitionne désormais de le structurer, de le moderniser et de l’internationaliser.
L’alliance entre autorités religieuses, institutions publiques et recherche scientifique constitue le socle de cette mutation. Si cette dynamique se poursuit, l’expérience thaïlandaise pourrait devenir un modèle pour toute l’Asie du Sud-Est et ouvrir la voie à une influence académique islamique accrue dans la région.
Iqna.ir avec Islam Info
