Le Japon à l’assaut du halal : Saint Marc parie sur le gyukatsu pour conquérir de nouveaux marchés

Le groupe japonais Saint Marc Holdings, poids lourd de la restauration et des cafés au Japon, accélère sa stratégie d’expansion internationale en misant sur un plat emblématique revisité : le gyukatsu, escalope de bœuf panée inspirée de la tradition culinaire japonaise. Derrière ce choix se dessine une ambition claire : s’imposer sur les marchés halal, en forte croissance à l’échelle mondiale.

Dans un contexte où les cuisines asiatiques séduisent de plus en plus de consommateurs hors du Japon, le gyukatsu présente un avantage stratégique majeur. Contrairement à de nombreux concepts japonais reposant sur le porc, la viande de bœuf — lorsqu’elle est correctement certifiée — bénéficie d’une acceptation bien plus large dans les pays musulmans. Un positionnement pragmatique et ciblé, qui illustre l’adaptation progressive des groupes japonais aux réalités culturelles et religieuses des marchés internationaux.

Selon le Nikkei, principal groupe de presse économique et financière du Japon, souvent comparé au Wall Street Journal japonais, Saint Marc vise 150 restaurants à l’étranger d’ici l’exercice fiscal 2030, soit près de cinq fois son réseau international actuel. Une ambition qui s’inscrit dans une dynamique plus globale : celle de l’essor rapide de l’économie halal, aujourd’hui évaluée à plusieurs milliers de milliards de dollars et devenue un enjeu stratégique pour les multinationales de l’agroalimentaire et de la restauration.

Un groupe solide à la recherche de nouveaux relais de croissance

Fondé en 1991 et basé à Okayama, Saint Marc Holdings est coté à la Bourse de Tokyo et s’est imposé comme un acteur incontournable de la restauration japonaise. Le groupe gère un portefeuille diversifié d’enseignes, allant des cafés-boulangeries aux restaurants de style occidental, en passant par des chaînes spécialisées dans les pâtes, les plats de riz ou les nouilles. Son modèle repose sur des concepts standardisés, facilement duplicables, pensés pour une clientèle urbaine et familiale.

Sur le plan financier, la trajectoire est globalement stable. Pour l’exercice fiscal 2025, Saint Marc a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 443 millions d’euros, pour un bénéfice net estimé à 16 millions d’euros. Mais dans un Japon confronté au vieillissement rapide de sa population et à une consommation intérieure atone, la recherche de nouveaux relais de croissance à l’international apparaît désormais incontournable, en particulier dans les pays musulmans à forte démographie et à classe moyenne en expansion.

Le gyukatsu, fer de lance de l’expansion internationale

Cette stratégie d’ouverture repose largement sur les acquisitions réalisées en 2024 des chaînes Kyoto Katsugyu et Gyukatsu Motomura, pour un montant total avoisinant 138 millions d’euros. Au-delà de marques déjà bien identifiées, ces enseignes offrent surtout à Saint Marc un produit facilement compatible avec les normes halal, à condition de garantir un approvisionnement maîtrisé et une certification rigoureuse.

Déjà implanté en Indonésie, où le groupe exploite six établissements, Saint Marc prévoit l’ouverture d’un premier restaurant Kyoto Katsugyu en Malaisie en 2026. Deux marchés emblématiques de sa stratégie : des pays musulmans dynamiques, où les consommateurs recherchent des concepts internationaux capables de conjuguer respect des normes religieuses, qualité culinaire et expérience premium.

Le halal, nouveau moteur de la mondialisation alimentaire

Au-delà du seul cas de Saint Marc, cette initiative illustre une tendance de fond : l’intégration croissante de l’économie halal dans les stratégies de mondialisation des groupes non musulmans. Longtemps perçu comme un marché de niche, le halal s’impose désormais comme un levier central de croissance, obligeant les acteurs internationaux à repenser leurs chaînes d’approvisionnement, leurs processus de certification et leur rapport aux cultures locales.

Pour Saint Marc, le gyukatsu devient ainsi bien plus qu’un simple plat : un trait d’union entre rentabilité économique et respect des sensibilités religieuses, dans un secteur où la crédibilité et la confiance des consommateurs sont devenues des enjeux décisifs.

 

Oumma avec Islam Info