Le Maroc lance « AI Made in Morocco »

L’ambition du Royaume du Maroc en matière d’intelligence artificielle IA a franchi une nouvelle étape . Les autorités marocaines ont procédé ce lundi 12 janvier lors d’une rencontre organisée à Rabat, au lancement de la feuille de route nationale « AI Made in Morocco », présentée comme la déclinaison opérationnelle des recommandations issues des Assises nationales de l’intelligence artificielle.

L’événement a également été marqué par l’annonce officielle de la création de « JAZARI ROOT », noyau fondateur des futurs Instituts Al-Jazari, et ce en présence de plusieurs membres du gouvernement.

Cette annonce est intervenue à l’occasion d’une journée d’étude organisée par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, consacrée au rôle de l’intelligence artificielle dans l’accélération de la transformation numérique des services publics. La rencontre a rassemblé des acteurs institutionnels, des experts, des représentants des secteurs public et privé, ainsi que des universitaires et des professionnels du numérique, témoignant de la volonté de fédérer un écosystème élargi autour de cette priorité stratégique. Elle a été marquée par la présence également de responsables d’institutions et d’organismes nationaux, ainsi que de start-up marocaines et internationales.

S’exprimant à cette occasion, la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, a souligné que le Maroc ambitionne de faire de l’intelligence artificielle (IA) un levier de souveraineté numérique, d’équité territoriale et de développement inclusif.

Elle a ajouté que le Royaume œuvrera à devenir un hub d’excellence en matière d’IA et de sciences avancées, en s’appuyant sur plusieurs principes fondateurs validés lors des Assises nationales de l’IA, tenues en juillet dernier
Selon la responsable marocaine, l’ambition du Maroc en matière d’IA repose sur cinq piliers, à savoir la souveraineté technologique, la confiance des citoyens, le développement massif des compétences, la promotion d’une innovation endogène et la consécration de l’équité territoriale, relevant que le Maroc a besoin de l’implication de l’ensemble des acteurs nationaux et internationaux afin de forger sa souveraineté numérique.

A cette occasion, la ministre a annoncé la mise en place du réseau des instituts “Jazari”, une plateforme d’instituts d’excellence ancrés dans les douze régions du Royaume, en résonance avec les dynamiques locales et reposant sur une gouvernance aux niveaux national et régional.

Selon les organisateurs, ces centres traduisent l’ambition du Royaume de bâtir un écosystème national de l’IA fondé sur l’excellence scientifique, la recherche et l’innovation, en accompagnant la montée en puissance des startups technologiques, en favorisant l’adoption du numérique par les PME et en consolidant les capacités nationales en matière de développement, d’attraction et de rétention des talents.

Le noyau technique et stratégique de ce réseau repose sur l’institut “JAZARI ROOT” autour de 3 thématiques clés, à savoir l’E-GOV, les smart zones rurales et montagneuses, ainsi que les grands événements sportifs.

De son côté, le président de la Commission Nationale de contrôle de la protection des Données à caractère Personnel (CNDP), Omar Seghrouchni, a présenté un exposé sur le “Framework de l’IA responsable”, soulignant qu’en matière d’IA, ce cadre demeure indispensable pour la protection des données, notamment celles à caractère personnel.

L’importance d’un Framework responsable réside également dans la mise en place de traitements à même de garantir un usage loyal des technologies de l’IA et respectueux de la dignité humaine, a-t-il souligné.

Le Maroc ambitionne de transformer l’intelligence artificielle en un véritable instrument de rayonnement international, de solidarité et de codéveloppement dans le cadre de la Vision Royale de la coopération Sud-Sud, a souligné, pour sa part, l’ambassadeur Représentant permanent du Royaume auprès des Nations Unies, Omar Hilale.

L’ambassadeur a relevé que le nouveau projet marocain “IA Made in Morocco” apparaît comme une réponse audacieuse et prévoyante qui peut résonner au-delà des frontières nationales et faire du Maroc un hub numérique continental.

Cette réponse s’articule autour de trois axes clairs qui pourraient bien redessiner la place du Royaume sur l’échiquier technologique mondial, a affirmé M. Hilale.

Le premier pilier repose sur une intelligence artificielle souveraine, a-t-il fait remarquer, ajoutant que le cloud national, mis en place depuis 2025, garantit que les données du pays demeurent sous le contrôle marocain. Cette décision, a-t-il dit, protège contre les dangers venus de l’extérieur et offre aux pays africains une voie différente de la dépendance aux grandes firmes étrangères.

Le deuxième axe met l’accent sur la coopération solidaire et pluridisciplinaire, dans le cadre des Hautes Directives Royales, a noté M. Hilale, soulignant que le Maroc propose des solutions adaptées aux réalités locales pour accélérer l’atteinte des Objectifs de développement durable dans une logique de coopération Sud-Sud solidaire.

“Avec le Nord, des partenariats Nord-Sud concrets se multiplient, dont notamment l’accord avec Mistral AI pour traiter l’arabe et les dialectes et le lancement du centre de recherche et développement, ; le centre d’excellence avec Onepoint, le renforcement accru avec Oracle et Huawei, les discussions avancées avec OpenAI ainsi que la dernière décision de Nvidia accordant la priorité au Maroc pour son business plan en Afrique. Un autre espace d’expression pour les actions du Maroc dans le domaine de l’intelligence artificielle est la coopération triangulaire, associant les expertises du Nord et les compétences marocaines au bénéfice des pays du Sud, avec l’appui d’organisations internationales et régionales telles que l’ONU”, a expliqué M. Hilale.

Le troisième volet mobilise la diplomatie, a-t-il précisé, ajoutant que le label “IA Made in Morocco” devient un drapeau au sein des instances multilatérales, où le Royaume copréside le Groupe des Amis de l’ONU sur l’IA pour le développement durable et préside la Coalition africaine pour la science et l’innovation, et le Comité de Haut Niveau de l’Assemblée Générale pour la coopération Sud-Sud. Ces positions, a-t-il dit, expriment le leadership national qui s’écrit en intelligence pour le Sud global et consolident autant l’image que l’action du Maroc à l’international.

Cette journée a également été marquée par la signature de huit conventions réunissant l’ensemble des parties prenantes et partenaires du programme “Jazari”, ainsi que par le lancement officiel du laboratoire de recherche et développement en IA “Mistral AI & MTNRA”. Ce laboratoire s’inscrit dans le cadre d’un mémorandum d’entente signé entre le ministère de la Transition Numérique et de la Réforme de l’Administration et Mistral AI, l’un des leaders mondiaux de l’IA générative et traduit une étape majeure de la coopération internationale du Maroc dans le domaine des technologies avancées.

Dans ce cadre, le ministère assure le pilotage stratégique et l’intégration de cette coopération dans la stratégie nationale Maroc digital 2030, en facilitant l’implantation et la structuration du laboratoire de recherche et développement en IA de Mistral AI et du ministère au sein de JAZARI ROOT, en identifiant les cas d’usage prioritaires et en mobilisant l’écosystème national.

Organisée par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, cette journée a réuni des acteurs publics, privés et académiques de la sphère du numérique autour d’échanges stratégiques et de panels thématiques couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA, depuis la recherche et les infrastructures jusqu’au financement, tout en passant par l’investissement et aux différents usages de l’IA.

APA avec islam info