Le phénomène Haïdara : au cœur d’une ferveur sans précédent

De résidence en résidence, notre immersion au plus près de Saïd Chérif Ousmane Madani Haïdara révèle l’ampleur d’une mobilisation qui dépasse les frontières du Mali.

Des files ininterrompues de visiteurs, des responsables religieux qui se succèdent, une organisation millimétrée et une conférence annoncée comme historique au stade Félix Houphouët-Boigny. Parti pour une simple interview, notre journaliste a finalement découvert un phénomène religieux et populaire d’une rare intensité.

Il est près de 20 heures, ce mercredi 15 juillet 2026, lorsque je reçois un appel d’un doyen de la presse. La mission paraît simple : réaliser une interview avec Saïd Chérif Ousmane Madani Haïdara, l’influent guide religieux malien dont le nom résonne aujourd’hui bien au-delà des frontières de son pays.


Mais ce qui devait être une simple rencontre journalistique allait rapidement se transformer en une immersion au cœur d’un phénomène religieux d’une ampleur difficile à imaginer.

Notre premier rendez-vous est fixé à Cocody Abatta, dans l’une de ses résidences. Une imposante propriété, bâtie, selon ses proches, grâce aux contributions des fidèles d’Ançar Dine, le mouvement qu’il dirige. Une résidence dont la valeur est estimée à plusieurs milliards de francs CFA.

À peine arrivés, le programme bascule.

Le Cheikh n’est plus sur place.

Direction une autre résidence, située cette fois aux environs du rond-point ADO, à Cocody.

Commence alors une véritable chasse au trésor.

Pendant plusieurs minutes, nous interrogeons passants, commerçants et riverains. Certains hésitent, d’autres ignorent l’adresse exacte. Puis, soudain, un jeune homme nous indique un carrefour.

« Vous ne pouvez pas vous tromper. Regardez simplement où vont les gens. »

Et effectivement…

À mesure que nous approchons, une scène spectaculaire se dessine sous nos yeux.

Des dizaines de personnes affluent sans interruption vers une même concession.

Des véhicules arrivent de toutes parts.

Des familles entières.

Des jeunes.

Des personnes âgées.

Des hommes d’affaires.

Des anonymes.

Tous convergent vers un seul homme.

À l’entrée, plusieurs béliers témoignent des présents offerts au guide religieux.

À l’intérieur, le rythme est impressionnant.

Toutes les trente secondes, parfois une minute, une nouvelle personne entre.

Quelques instants seulement.

Une Fatiha.

Une invocation.

Une bénédiction.

Puis chacun ressort presque aussitôt, laissant immédiatement sa place au visiteur suivant.

Le ballet est parfaitement orchestré.

Et il ne s’interrompt jamais.

Pendant que nous patientons, une évidence s’impose : ici, le temps semble suspendu autour d’un seul homme.

Après une longue attente, notre tour arrive enfin.

Notre objectif est clair : recueillir les confidences du Cheikh.

Mais la réalité du terrain est toute autre.

Le protocole nous informe qu’aucune interview ne pourra être accordée.

Aucune image ne pourra être réalisée.

L’affluence est trop importante.

Le guide religieux reçoit depuis des heures un flot continu de visiteurs et la fatigue se lit désormais sur l’organisation.

Notre entretien n’aura finalement pas lieu.

Pourtant, cette soirée aura peut-être été plus révélatrice qu’une interview.

Car au-delà de la personne, c’est le phénomène qui interpelle.

Depuis son arrivée en Côte d’Ivoire, la résidence de Saïd Chérif Ousmane Madani Haïdara est devenue un véritable lieu de convergence.

Des milliers de fidèles s’y succèdent.

Des responsables religieux, des imams et plusieurs figures de la communauté musulmane ivoirienne viennent également lui rendre visite.

Une mobilisation qui ne cesse de croître de jour en jour.

Et ce n’est qu’un avant-goût.

Le point culminant est attendu le 25 juillet 2026, au stade Félix Houphouët-Boigny, où le prédicateur animera une grande conférence autour du thème : « Nulle contrainte en islam ».

Un rendez-vous qui s’annonce déjà historique au regard de l’engouement observé ces derniers jours.

Une chose est certaine : qu’on soit fidèle, simple observateur ou journaliste, il est difficile de rester indifférent devant cette mobilisation exceptionnelle.

Au-delà des discours, des images et des chiffres, une réalité s’impose : le phénomène Haïdara est devenu un fait religieux et social qui marque profondément le paysage islamique ouest-africain.

Et ce mercredi soir, au détour d’une mission journalistique, nous avons pu en mesurer l’ampleur.

DIANE MOUSSA