Rogiest Riyad, fondateur de Gardens of the Sincere, a plaidé pour une exégèse pratique du texte sacré et une responsabilité éducative partagée entre parents, enfants et institutions.
Abidjan, Université Musulmane Africaine. Ce mercredi 15 avril 2026, une conférence a réuni étudiants, enseignants et responsables religieux autour d’une question aussi ancienne que cruciale : comment éduquer les enfants à la lumière du Coran ? Devant une salle attentive, le théologien belge Rogiest Riyad, fondateur de l’ONG Gardens of the Sincere (active dans plus de 45 pays), a livré un message sans concession : l’éducation est devenue plus difficile qu’hier, et lire le Coran ne suffit plus, il faut le méditer.

À l’origine de cette initiative, une vision partagée entre le coordinateur Abdoul Aziz Doumbia — représenté par l’Imam Sylla — et le docteur Arna Directeur Général de l’Université Musulmane Africaine UMA. Tous deux dressent le même constat : les universités islamiques doivent aller au-delà de la transmission du savoir classique pour intégrer de véritables spécialistes de l’éducation islamique. « Créer un environnement sain et équilibré pour les étudiants n’est plus une option, mais une nécessité », a-t-il insisté, rappelant que cette problématique dépasse largement les frontières africaines et européennes.
Au cœur des échanges, une réalité s’impose : le rapport au Coran lui-même mérite d’être repensé. Pour le conférencier Riyad Rogiest, le problème n’est pas l’absence de lecture, mais le manque de profondeur. « Nous lisons beaucoup le Coran, mais nous le méditons peu », a-t-il mentionné , appelant à redonner toute sa place au tafsir, cette expression qui permet de transformer un texte sacré en guide de vie concret. Car sans compréhension, l’éducation religieuse risque de devenir mécanique, voire inefficace.

Mais au-delà du spirituel, c’est toute la complexité du monde moderne qui s’invite dans le débat. Réseaux sociaux, mutations culturelles, choc des environnements : éduquer un enfant aujourd’hui n’a plus rien de comparable avec les générations passées. « On ne peut pas éduquer de la même manière en Afrique et en Belgique », a souligné le conférencier, insistant sur le rôle déterminant du contexte social. Une adaptation devenue indispensable, sous peine de voir émerger des générations en perte de repères.
Dans la salle, le message a trouvé un écho particulier auprès des étudiants. Cissé Aminata, en troisième année de production audiovisuelle, résume avec lucidité l’enjeu : « Un enfant mal éduqué devient un adulte sans repères. » Pour elle, il est impératif que les parents, notamment musulmans, s’approprient pleinement les principes éducatifs de l’islam afin de former des individus responsables et équilibrés.

Prenant la parole, le directeur général de l’université, Dr Arna Konaté, a donné à cette rencontre une portée encore plus large. « Faire des enfants est facile, les éduquer correctement est le véritable défi », a-t-il affirmé. Selon lui, l’avenir des sociétés dépend directement de la qualité de l’éducation actuelle. Il identifie trois piliers fondamentaux : la formation spirituelle, l’encadrement matériel et l’influence de l’environnement. Trois dimensions indissociables pour bâtir une génération capable d’affronter les réalités de son temps.

Au terme de cette conférence, une conviction s’impose avec force : l’éducation ne peut plus être pensée de manière superficielle ou fragmentée. Elle doit être globale, enracinée dans des valeurs, mais adaptée aux défis contemporains.
DIANE MOUSSA
