QUE PENSE LE PEUPLE DES MEDECINS ? UN TEMOIGNAGE EMOUVANT (Première partie)

 

Chers collègues médecins, enseignants et amis !

J’ai recueilli ici divers images que le peuple a de nous, médecins ou enseignants ; et je m’y suis reconnu, et persuadé que nombreux parmi nous s’y reconnaîtraient également comme moi ; j’ai voulu partager ce plaisir de la lecture, du vécu et de voir son image dans le regard des autres pour se reprendre et rectifier le tir éventuellement… ou mieux, soigner son image comme le dirait l’autre (histoire ou problème de communication)!

 N’est-ce pas qu’on est sur la scène ce que l’on est dans sa vie quotidienne !

 Nombre d’entre nous s’y reconnaîtront sûrement…

je vous laisse apprécier et savourer… si tel est votre désir…

Confraternellement, votre !

Mory MEITE, Médecin, enseignant UFR des Sciences médicales. Université de Cocody, Abidjan.

«Des recherches ? Comment ça, des recherches ? demande un jeune homme mal rasé, mal fagoté, mal luné.

– C’est quoi, la différence ?

– Apprendre, ça ne se résume pas à engouffrer ce que les enseignants vous racontent. Et celui qui parle dit infiniment moins de choses que celui qui écrit. Ce que je vais vous dire n’est donc qu’une infime partie de ce que vous êtes susceptibles d’apprendre, vous en apprendrez beaucoup plus en lisant. Vous avez une excellente bibliothèque à trente mètres d’ici. Elle contient plusieurs milliers de volumes et de revues. Il va falloir l’utiliser dès maintenant, car le jour où  vous vous trouverez devant un patient- et vous remarquerez que je ne dis pas « malade », mais « patient »…

–      C’est très simple : un malade attend qu’on soigne ce qui le rend malade.

U n patient attend…

–  Qu’on lui dise de quoi il est malade, avant de décider s’il veut se faire soigner…

C’est le garçon au front haut et aux lunettes rondes qui a parlé. La fille aux cheveux frisés sourit. Moi aussi. Les autres ne bronchent pas.

–  C’est un peu ça… Plus sérieusement : toutes les personnes qui entrent dans votre cabinet ou dans les services où vous travaillerez ne sont pas malades. Mais elles souffrent. Ce sont donc des patients… du latin pati, souffrir.

–  Mais ils souffrent bien de d’une maladie ? demande un autre garçon…

–   Pas toujours.

–  Alors, qu’est-ce qu’ils viennent foutre chez le médecin ?…

Drôle de profession, médecin, quand on y pense. Voilà des gens qu’on va voir pour se faire soigner, parce qu’on a mal par-ci par-là, ou encore parce qu’on a peur, ou parce qu’on ne se sent plus bon à rien. On leur apporte notre vie, nos sentiments, on se déshabille devant eux, on leur raconte des trucs qu’on ne raconterait à personne.

Et on fait ça sans jamais se demander ce qu’ils ont dans la tête.

Parce qu’enfin, d’habitude, si on veut confier un secret ou parler de ses misères, on cherche plutôt à le dire à quelqu’un en qui on a toute confiance, quelqu’un qui s’en est montré digne : un ami, un parent proche, quelqu’un qui ne nous a jamais fait de mal. Pas facile à trouver !

Si on est croyant, encore, on peut se tourner vers un prêtre… Bon, je sais, ils ne sont pas tous folichons, mais au moins on peut se dire qu’il font ce boulot-là pour l’argent. Mais les médecins… ils n’ont peut-être pas choisi ça pour l’argent, non, pas tous, quand même pas, mais s’ils ont fait sept ans d’études, ce n’est tout de même pas pour rester pauvres !

Seulement, il y en a parfois, on se demande si ça les intéresse vraiment de savoir ce qu’on ressent. Si ce qu’ils veulent surtout, ce ne serait pas se débarrasser de nous le plus vite possible, pour recevoir un autre couillon qu’ils feront cracher aussi sec. Alors, évidemment, les médecins, on leur fait confiance- bien obligé-, mais on s’en méfie un peu tout de même.

Surtout que, quand on va les voir, ce n’est pas pour une visite de courtoisie, c’est quand même parce qu’on n’a pas le choix. Parce qu’on souffre, parce qu’on va bien. Alors, on aimerait bien tomber sur quelqu’un… de gentil, quoi. Quelqu’un qui ne nous maltraite pas.

Seulement, quand on voit un médecin, on voit surtout une blouse ou un costume cravate, un type posé, qui ne parle pas beaucoup, dont on ne sait rien, qui vous regarde derrière son bureau quand vous allez le voir ou du bout du lit quand c’est lui qui vient. Enfin, qui vous regarde…. Quand il vous regarde !

Un médecin, c’est souvent quelqu’un d’impressionnant. Dame ! Sept ans d’éducation, ce n’est pas rien. Ça vous pose un homme. Ou une femme : il y en a de plus en plus qui font ce métier, qui est un métier dur, quand même, il faut tout de même tenir son bout.

 

A suivre.