Rabbil Awwal : mois de souvenir ou mois d’action ?

Cheikh Ahmad Tidiany Diabaté, guide spirituel de la communauté Ahloul Bait International : « Le Mawlid doit être une renaissance spirituelle et non une fête mondaine »

Le Mawlid, une renaissance spirituelle

Le Mawlid, commémoration des valeurs du Prophète

Dans le cadre du mois de Rabbil Awal, mois de naissance du Prophète Muhammad (paix et salut sur Lui), Islam Info est allé à la rencontre du Cheikh Ahmad Tidiany Diabaté, guide spirituel de la communauté Ahloul Bait International. Entre analyse spirituelle, réforme personnelle et perspectives communautaires, il donne sa vision sur le sens profond du Mawlid et les défis des musulmans face à leur époque.

ISLAMINFO : Cheikh, comment définirez-vous le sens spirituel du mois de Rabbil Awal ?

Cheikh Ahmad Tidiany Diabaté : Alhamdoulilahi RabbilAllâmîn. Vous savez, l’avènement des prophètes se produit toujours dans des moments où les créatures s’éloignent de leur Créateur. Le Prophète Muhammad (Saw) est venu dans une société plongée dans l’injustice : les femmes privées d’héritage, les filles enterrées vivantes, les plus forts dominant les faibles, l’alcool banalisé, la perte de toute spiritualité. C’est dans ce contexte que sa venue était nécessaire, non seulement pour sa communauté mais pour l’humanité entière. Le mois de Rabbil Awal porte donc la signification d’une renaissance spirituelle et d’un retour à la lumière divine.

Aujourd’hui, les musulmans perçoivent-ils ce mois comme une simple commémoration ou comme un véritable engagement envers Allah SWT ?

Il y a plusieurs perceptions. Certains rejettent la commémoration, d’autres en font une fête traditionnelle avec cortèges, mariages, réjouissances. Mais pour d’autres, chaque Mawlid est une nouvelle renaissance du Prophète dans leur vie spirituelle. En réalité, le Mawlid n’est pas une fête mondaine : il est la commémoration de la justice, de la dignité humaine, des bonnes mœurs et de l’exemple parfait que représente Mouhammad (Saw).

Quels sont les axes de réformes personnelles que peut inscrire ce mois ?

C’est d’abord un temps d’introspection. Nous devons reconnaître nos imperfections et chercher à les corriger à travers l’exemple prophétique. Si chaque année un musulman décidait d’adopter une qualité du Prophète — sa générosité, puis sa modestie, puis son courage, puis son endurance — après dix Mawlids, il deviendrait un modèle vivant dans la société. C’est cela l’esprit du Mawlid.

Comment transmettre les célébrations des Mawlids en projet communautaire, à l’image d’Ayamou Rassoul ?

Tous les musulmans se reconnaissent dans un seul homme : le Prophète. Le Mawlid doit être compris comme un bien commun, une valeur qui unit et non qui divise. Or, trop souvent, nos communautés se déchirent en revendiquant chacune être la meilleure. Si nous restons fidèles à l’intention du Prophète, qui est de voir toute l’humanité sauvée, alors nous devons œuvrer à la réconciliation, à la fraternité et à la paix.

Quels moyens les familles et les organisations peuvent-ils mettre en place pour faire de Rabbil Awal un mois de formation et de transformation ?

Il faut commencer par inculquer aux enfants la valeur de leur prénom et des figures qu’ils portent. Un Mohammed doit savoir pourquoi il porte ce nom. Une Khadija doit connaître l’exemple de la grande Khadija. Un Aboubakr doit comprendre le rôle de son illustre homonyme. Cette prise de conscience crée une responsabilité spirituelle. Et face à notre époque, marquée par internet, la mondialisation et de nouveaux défis, il est urgent de réactualiser l’enseignement prophétique sans le dénaturer.

Quelles attitudes faut-il éviter pour que ce mois ne se réduise pas à un simple discours ?

Le danger est de transformer le Mawlid en fête d’auto-célébration. Quand l’événement devient une vitrine pour l’organisateur, avec affiches, t-shirts, casquettes et louanges interminables, on s’éloigne de l’essentiel. Le Mawlid doit rester une célébration spirituelle centrée sur l’amour du Prophète, essence même de l’adoration.

En quoi les enseignements de ce mois renforcent-ils les liens sociaux au sein de la communauté musulmane ?

Le Prophète Mouhammad (Saw) a dit : « Je laisse derrière moi deux choses : si vous vous y accrochez, vous ne serez jamais égarés : le Coran et ma famille. » Le Mawlid doit donc nous ramener au Coran et à la Sunna, mais aussi à la réconciliation. Car pour bénéficier de son intercession, nous devons nous pardonner les uns les autres. Voilà la voie pour resserrer les rangs.

Quel message adresser aux leaders religieux et politiques autour du thème de la paix ?

Le Prophète a dit : « Il y a deux catégories dans ma communauté : si elles sont droites, toute la communauté le sera ; si elles sont corrompues, toute la communauté déclinera. Il s’agit des savants et des gouvernants. Les savants doivent guider avec sincérité, intégrité et courage spirituel. Les dirigeants, même présidents, doivent se rappeler qu’à la mosquée, ils ne sont que des fidèles derrière l’imam. Si chacun assume son rôle avec droiture, la communauté retrouvera son équilibre. Qu’Allah nous en préserve.

 BALLA