
À la veille d’un débat parlementaire sensible, des femmes musulmanes prennent la parole pour dénoncer ce qu’elles qualifient de nouvelle offensive législative contre leurs libertés fondamentales. Dans une tribune collective publiée par Politis et intitulée « À bas le voile ? Non, à bas l’islamophobie institutionnelle ! », militantes, travailleuses, mères et étudiantes s’élèvent contre la proposition de loi visant à interdire le port du voile aux mineures dans l’espace public, examinée ce mercredi 22 janvier à l’Assemblée nationale.
Les autrices du texte se disent directement ciblées par une initiative qu’elles jugent discriminatoire et stigmatisante. Elles s’attaquent frontalement au projet porté par Laurent Wauquiez, président du groupe Droite républicaine, qu’elles inscrivent dans une continuité historique de politiques islamophobes en France. Selon elles, cette dynamique remonte à l’affaire du foulard de Creil en 1989, moment fondateur d’un récit politique et médiatique ayant durablement construit les femmes musulmanes comme un « problème public ».
Depuis plus de trois décennies, rappellent-elles, les femmes musulmanes vivent sous un régime d’exception, marqué par une succession d’interdictions et de restrictions : à l’école, dans l’emploi, lors des sorties scolaires, dans la pratique sportive ou encore dans l’accès à certaines formes de participation citoyenne. Cette accumulation de mesures, dénoncent-elles, a des conséquences lourdes sur leur santé mentale, nourrit un sentiment de relégation sociale et fragilise leur place dans la société.
Concernant plus spécifiquement l’interdiction du voile pour les mineures, la tribune alerte sur ses effets concrets et immédiats. « Comment distinguera-t-on une mineure d’une majeure ? », interrogent les signataires, qui redoutent une généralisation de contrôles policiers arbitraires, intrusifs et humiliants. Un dispositif qui, selon elles, ouvrirait la voie à des contrôles au faciès, rappelant les pratiques déjà dénoncées par les jeunes hommes racisés.
Le texte déconstruit également le discours dominant qui présente les femmes musulmanes comme invisibles, soumises ou privées de parole. Si les débats à leur sujet sont si virulents, écrivent-elles, c’est précisément parce qu’elles occupent désormais l’espace public, étudient, travaillent et s’organisent, en contradiction avec le rôle qui leur est assigné par une partie du champ politique et institutionnel.
Les signataires rappellent qu’elles sont nombreuses à faire fonctionner des secteurs essentiels de la société française, souvent dans des conditions précaires : nettoyage, aide à domicile, santé, restauration, logistique. « Invisibilisées quand il s’agit de reconnaissance, essentielles quand il s’agit de faire tenir la société », résume la tribune.
Enfin, le collectif établit un lien direct entre les discours institutionnels et la banalisation de slogans hostiles tels que « À bas le voile », perçus comme une légitimation des violences symboliques, et parfois physiques, visant les femmes portant le hijab. À la veille du débat parlementaire, les autrices affirment refuser toute nouvelle restriction de leurs libertés et revendiquent l’égalité pleine et entière des droits, la fin des politiques islamophobes et la reconnaissance de leur capacité à choisir, à agir et à exister sans tutelle.
Oumma avec Islam Info
