En Algérie, une « grippe aiguë » empêche Bouteflika de recevoir le prince héritier saoudien

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Contrairement à ce qui était prévu, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, souffrant, n’a pu recevoir, lundi 3 décembre, le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman, en visite à Alger, a annoncé la présidence, citée par l’agence d’Etat APS.

La présidence algérienne avait annoncé à l’AFP que les deux dirigeants se rencontreraient dans l’après-midi. Arrivé la veille au soir, « MBS » a quitté lundi la capitale algérienne, à l’issue d’une visite à l’écart des projecteurs et de la presse. L’étape suivante de la première tournée du prince héritier à l’étranger depuis l’assassinat, en octobre, du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qu’il est soupçonné d’avoir ordonné, n’a pas été précisée.

Selon un communiqué de la présidence, cité par APS, le chef de l’Etat algérien, « alité du fait d’une grippe aiguë, […] n’a pas pu recevoir comme prévu le prince héritier d’Arabie saoudite ». L’état de santé de M. Bouteflika, 81 ans, fait l’objet de nombreuses spéculations depuis qu’il a été victime en 2013 d’un accident vasculaire cérébral (AVC) qui a considérablement réduit sa mobilité et son élocution. Il sort depuis rarement de sa résidence médicalisée de Zeralda, dans la banlieue d’Alger, ne s’exprime plus en public et reçoit peu de dignitaires étrangers.

En février 2017, une visite de la chancelière allemande, Angela Merkel, avait été reportée à la dernière minute en raison d’une « bronchite aiguë » du président algérien. Mme Merkel s’est finalement rendue en Algérie en septembre et a été reçue par M. Bouteflika. Puis le président algérien, au pouvoir depuis 1999, est apparu le 1er novembre à la télévision, déposant une gerbe sur la tombe des « martyrs » de la guerre d’indépendance d’Algérie (1954-1962), à l’occasion du 64e anniversaire de son déclenchement.

« Crime abominable »

Le prince héritier saoudien a été reçu lundi matin par le premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, selon la présidence. A notamment été mis sur pied un « Haut Conseil algéro-saoudien de coordination », coprésidé par les deux hommes et destiné à renforcer la coopération en matière politique et sécuritaire, dans la lutte antiterroriste et contre l’extrémisme, et dans divers domaines économiques et commerciaux, selon le ministère algérien des affaires étrangères.

La visite de Mohammed Ben Salman a fait l’objet en Algérie de critiques d’intellectuels, de journalistes, d’oulémas et de partis d’opposition, qui ont rappelé que le prince est soupçonné d’avoir organisé le « crime abominable » de Jamal Khashoggi. Ryad a reconnu que le journaliste saoudien avait été tué et démembré le 2 octobre à l’intérieur du consulat saoudien à Istanbul, mais dément toute implication du prince Mohammed.

Les relations avec Ryad ont souffert du refus de l’Algérie de déployer des troupes au Yémen dans le cadre de la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite, qui intervient dans ce pays en guerre depuis 2015 face à des rebelles soutenus par l’Iran. Alger entretient de bonnes relations avec Téhéran, grande puissance régionale rivale de Ryad, tout en veillant à maintenir des liens cordiaux avec l’Arabie saoudite, malgré une opinion publique très défavorable à ce poids lourd du Golfe, perçu notamment comme trop proche des États-Unis.

Le poids de Ryad, premier exportateur mondial de pétrole, est décisif à l’OPEP pour le maintien d’un niveau de production bas, crucial pour faire remonter les prix du brut, ce dont a désespérément besoin l’économie algérienne, ultradépendante de la valeur des hydrocarbures. « L’Algérie se trouve à mi-chemin entre la position de l’Iran et celle de l’Arabie saoudite. Elle n’a jamais pris position dans le conflit qui les oppose », a expliqué à l’AFP Rachid Grim, enseignant en sciences politiques à l’université d’Alger, soulignant « la tradition de non-ingérence de la diplomatie algérienne ».

Le Monde avec AFP