Discours du Président lors de l’intronisation de l’Imam El Hadj Bakary Chérif de la grande Mosquée d’Attécoubé le 25 octobre 2001( suite et fin )

Mais où est donc le problème si les musulmans expriment librement une opinion politique ou si le Conseil National Islamique prend position dans les débats politiques à l’instar des
autres? Pourquoi tant de journaux et certains hommes politiques et religieux s’acharnent à vilipender les musulmans et les imams pour s’étonner par la suite de l’attitude des forces de sécurité et des destructions de mosquées ou assassinat d’imams?
Oui cher frère Bakary CHERIF, votre jeune collègue Abdramane BAMBA a été tué par les forces de sécurité à Divo dans les évènements des 24, 25, 26, et 27 octobre 2000. En jouant son rôle
d’imam, de pacificateur entre les protagonistes. Le rôle d’imam comporte beaucoup de risque mais par devoir vis à vis de l’histoire nous devons le prendre non seulement pendant les évènements mais surtout avant et après. Ce comportement et ces positions ne sont pas dictées par des intérêts opportunistes ou conjoncturels encore moins en faveur de telle ou telle personne.
Tout je dis bien tout dans le peuplement de la Côte d’Ivoire et la répartition géographique des musulmans démontre que les musulmans n’ont de leçon à recevoir de personne quant à l’esprit de patriotisme ou d’attachements aux intérêts supérieurs de leurs compatriotes ? En témoignent les derniers évènements des 24, 25, 26, et 27 octobre 2000 ou aucune église n’a été brûlée, ni aucun chrétien n’a été violenté pour ses idées dans les régions réputées musulmanes ?
Mesdames et messieurs cette attitude pacifique des musulmans nous le devons aux valeurs cardinales prônées par notre religion mais aussi et surtout par l’enseignement des imams. Un enseignement fait d’humanisme et de tolérance mais de vérité en tout temps et en tout lieu. Les imams ne travailleront jamais contre une congrégation religieuse encore moins contre un quelconque politicien ivoirien respectueux de la justice et de l’équité. Nous travaillerons toujours au grand jour et jamais dans les intrigues.
Parce que nous n’avons aucune ambition politicienne ou de domination d’un groupe. Là n’est pas la vocation de l’homme religieux dans un état laïc. Seuls Cette attitude et le
respect des ces principes font de l’imam un interlocuteur écouté et respecté et sollicité.
C’est pourquoi le Conseil Supérieur des Imams avait rencontré bien avant les tristes évènements de ces dernières semaines toute la classe politique, les principales organisations de la société
civile et les chefs religieux qui ont bien voulu nous recevoir pour parler de paix et de réconciliation. Mais les faux fuyants, les demi vérités et l’hypocrisie ont eu raison à l’époque.
Aujourd’hui la vérité est là toute visible et macabre. Telle que hélas nous le présentions. Et l’imam Bakary CHERIF est là pour témoigner des efforts que nous avons fait ensemble pour préserver la paix et l’entente. Son intronisation ce matin comme imam de
la grande mosquée d’Attecoubé lui donnera une nouvelle occasion d’exercer ces talents de négociateurs pour aborder le virage de la nécessaire réconciliation.
En ce qui concerne le CNI nous allons à la réconciliation vraie et sincère sans condition mais sans illusion non plus. Parce que les germes de la haine sont toujours là. Les relais de l’idéologie d’exclusion, du tribalisme et de la xénophobie sont toujours en marche à travers des journaux et des émissions des chaînes publiques. Les instruments et les hommes utilisés pour assouvir
sont au repos mais toujours en état de service. Mais ce qui s’est passé au sein des familles musulmanes, dans les mosquées et medersah ne doit plus se répéter parce que nous ne l’accepterons
plus jamais. Chaque musulman, chaque musulmane, chaque communauté, chaque mosquée doit prendre ses dispositions en attendant que le temps de l’impunité soit révolu et que les forces de l’ordre redeviennent des forces républicaines.

Notre silence ne doit pas être interprété comme l’acceptation du fait accompli. Cette attitude est à la mesure de la grandeur de notre responsabilité historique vis à vis de la grande majorité des hommes et des femmes qui aspirent à vivre en paix dans cette partie de la Terre. C’est pourquoi le CNI ne ménagera aucun effort pour que non seulement la paix triomphe mais aussi que la justice soit dite et bien dite afin que ce qui s’est passé au niveau des musulmans et des symboles de leurs cultes ne se répètent plus jamais.
Et enfin qu’on se le dise pour toute. Le Conseil National Islamique n’a ni les moyens ni la volonté d’obliger un citoyen quelconque encore moins un musulman a choisir tel ou tel parti, tel ou tel homme politique. Dans le même registre, le CNI n’entend pas qu’on lui dicte la conduite à tenir dans les débats nationaux. Il l’a fait, il le fera sans complexe et toujours avec responsabilité conformément aux principes sacrés des valeurs enseignées par nos imams. Comme vous le constatez, Cher frère Bakary CHERIF vous êtes témoin d’une époque importante dans la vie des musulmans qui doivent trouver dans votre enseignement la sagesse nécessaire pour transcender aujourd’hui mais aussi pour préserver les génération à venir de telles calamités. Votre intronisation ce matin n’est pas seulement une consécration mais elle est aussi l’expression d’un serment de fidélité et d’engagement vis à vis des intérêts supérieurs de la communauté et de la société. C’est une immense tache mais vous pouvez compter après Dieu sur votre dynamique communauté et le Conseil National Islamique ainsi que le Conseil Supérieur des Imams.
Je vous remercie.

FIN

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