LA FRATERNITE: Un bienfait divin individuel au profit universel

La fraternité est un des bienfaits les plus importants que Dieu (exalté soit-Il) a accordé à Ses serviteurs. Il s’agit d’un lien sacré lié à l’Amour en Dieu, lié à l’adoration de Dieu exalté, lié à la vie dernière. La fraternité a été utilisée par notre bien-aimé Prophète Mohammed, paix et salut sur lui, comme outil principal pour fonder la première Cité en islam à Médine, en créant des pactes de fraternité entre les tribus en conflits (Alaws et Al khazraj) et entre les immigrés mecquois (Almohajiroun) et les compagnons originaires de Yathrib (Al ansar). Tel un bouclier pour protéger et garantir la cohésion sociale et le bien-être des sujets de la Cité. La fraternité est une qualification prophétique pour désigner les générations des croyants futurs qui
n’ont pas vu le Prophète bien-aimé paix et bénédiction de Dieu sur lui. Anas Ibn Malik, que Dieu l’agrée, rapporte que le Prophète, paix et salut sur
lui, a dit : « J’aurais aimé rencontrer mes frères ». Les compagnons demandèrent : « Ne sommesnous pas tes frères ? » Il répondit : « Vous êtes mes
compagnons, et mes frères sont ceux qui croiront en moi sans m’avoir jamais vu ». (Ahmed) La fraternité, cette relation sociale spéciale qui a fait
faire descendre un ange de Dieu porteur d’une bonne annonce sur terre. D’après Abou Houreira, le Prophète, (saw), a dit: « un homme a visité un de ses frères dans une autre ville. Dieu a envoyé un ange sur son chemin et lorsqu’il est arrivé à lui, il lui a dit: où vas-tu? Il a dit: Je vais voir mon frère untel dans ce village. Il lui a dit: Y a-t-il un bienfait à toi auprès de lui? L’homme a dit: Non, c’est juste que je l’ai aimé pour Dieu. Il a dit: Je suis le messager de Dieu envers toi pour t’informer que Dieu t’a aimé comme tu as aimé cet homme en Lui ». (Mouslim)

La fraternité facilitatrice du cheminement spirituel

« Certes les croyants sont des frères » (S 49 / V 10). La notion de fraternité est liée étroitement à la foi et au cheminement spirituel, celui-ci est un projet individuel qui se concrétise dans et par le groupe. L’invocation du Messager de Dieu Moise est très révélatrice, il demanda à Dieu de lui assigner un assistant qui le soutient durant sa mission « afin que nous Te glorifiions beaucoup, et que nous T’invoquions beaucoup. » (S20/V 33 et 34).
D’après Abou Houreira, que Dieu l’agrée, le Prophète, (saw), a dit: « L’homme s’imprègne de la spiritualité de son ami proche, et que chacune d’entrevous regarde qui est-ce qu’il prend comme ami proche ». (Abou Daoud) Une fraternité qui aide le croyant à cheminer vers Dieu, qui invoque Dieu : «Ô mon Seigneur, pardonne–moi ainsi qu’à mon frère et fais-nous entrer en Ta miséricorde, car Tu es Le plus Miséricordieux des miséricordieux». (S 7/V 151) Une fraternité qui oriente et qui conseille. L’appellation frère est d’ailleurs utilisée dans différents versets dans la sourate les poètes pour qualifier les messagers qui conseillent leurs tribus : « Lorsque leur frère Noé leur dit : Ne craindrez-vous pas [Dieu] ? … Et quand leur frère Hūd leur dit : Ne craindrez- vous pas [Dieu] ? … Quand leur frère Sâlih leur dit : Ne craindrezvous pas [Dieu] ? … Quand leur frère Loṭ leur dit : Ne craindrez-vous pas [Dieu] ?»

La fraternité une thérapie sociale

La fraternité sociale est une entité sociale quelquefois plus forte que la fraternité sanguine. L’histoire des deux compagnons du Prophète, (saw): Salman et Abu Ad-Darda est le meilleur exemple. Salman a soigné par sa sagesse le dysfonctionnement relationnel dont se plaignait l’épouse de son frère, et il a privilégié le bien-être relationnel du couple sur la performance spirituelle. Le Prophète, (saw), a scellé une fraternité entre Salmân Al-Fârisî et Abû Ad-Dardâ. Les deux hommes étaient célèbres pour leur détachement des plaisirs de ce monde et leur piété, ils étaient inséparables.
Un jour Salmân rendit visite à Abû Ad-Dardâ’ et trouva Umm Ad-Dardâ’ négligée – portant des habits dépourvues de beauté. Il lui dit : « Que t’arrive-t-il ? » – « Pourquoi cette apparence [repoussante] ? » – Elle répondit : « Ton frère Abû Ad-Dardâ’ ne manifeste pas d’intérêt pour les femmes ».

La fraternité est intervenue pour rétablir la justice sociale au sein de ce couple

Abû ad-Dardâ’ rentra et fit à manger puis il dit à Salmân : « Mange car, moi, je jeûne. » Salmân dit : « Je ne mangerai pas sans toi » Alors il mangea – il rompit son jeûne pour honorer l’invité. Quand la nuit tomba, Abû Ad-Dardâ’ se leva pour prier mais Salmân lui dit de se coucher alors il se coucha. Puis, il se leva à nouveau mais une fois de plus Salmân lui dit de se coucher et Abû Ad-Dardâ’ d’obéir. A la fin de la nuit, Salmân le réveilla et ils prièrent tous ensemble. Puis salmân dit : « Ton Seigneur a des droits sur toi, et tu as des droits sur toi-même et ta femme a des droits sur toi, alors donne à
chacun ce qui lui revient de droit. Abû Ad-Dardâ’ alla voir le Prophète et lui raconta cette histoire. Alors, le Prophète, (saw) lui dit : « Salmân a raison ».

La fraternité universelle

« Et rappelez-vous le bienfait de Dieu sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos cœurs. Puis, par Son bienfait, vous êtes devenus frères. » (S 3 V/110) La fraternité de la foi est loin d’être, une fraternité sectaire/sectariste, une fraternité close, communautariste.
C’est plutôt un vecteur de valeurs d’ouverture, de présence à l’autre, de solidarité, … celles-ci acquises lors de l’exercice de « la fraternité de la
foi » avec l’intention de les partager avec ses prochains, avec ceux avec qui nous partagions la fraternité humaine, cette fraternité universelle.
La fraternité de la foi participera à la construction de l’édifice fraternel, plus que jamais nécessaire pour sauver notre monde de tous types d’injustice,
et préserver la morale et l’éthique humaniste qui garantira le bien-être des individus et des sociétés. La foi du croyant ne sera complète que s’il aime pour les autres ce qu’il aime pour lui-même. Le Prophète a dit : « Aucun d’entre vous ne sera jamais véritablement croyant tant qu’il n’aimera pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même » (mouslim), et cela à différents niveaux. Le Prophète a dit : « N’est pas Croyant celui qui passe la nuit le ventre plein alors que son voisin, à côté de lui, a le ventre vide. » (At-Tabarânî)

 

CONCLUSION

La fraternité est un bienfait qui nécessite les louanges, la gratitude, le remerciement de Dieu exalté soit-Il. Elle est loin d’être une théorie romantique,
c’est un acte d’adoration pratique, c’est un engagement. Le don de soi, le sacrifice ne sont que quelques e x e m p l e s concrets pour profiter pleinement de ces différents fruits dans ce bas monde et dans la vie dernière.

El Hadj Imam Al Imam Méité