L’ECOLE HAMBAK

 

Définitivement, on parlera un jour de l’École « Hambak, ou le Hambakisme» aux jeunes étudiants en science politique. Une école dont le postulat de base est le suivant :

  • La politique est faite pour les hommes. Et les hommes sont créés pour vivre ensemble malgré leurs divergences ;
  • Et la méthodologie utilisée dans cette école est la communication en toutes circonstances dans le respect de la dignité de l’autre ;
  • Chercher et rechercher le minimum dénominateur commun à défaut du maximum de convergences.

Cette école enseignera que quelques soient l’intensité de l’adversité qu’il faut maintenir les canaux de communication multiformes entre les belligérants.

Hambak était le visage humain de la politique en Côte d’Ivoire ; Ferme sur ses positions politiques mais flexible dans son approche globale des questions politiques et des relations avec les hommes politiques. Un véritable pont entre les questions politiques et les questions humaines. On m’a rapporté ceci : une délégation du Fpi conduite par Assoua ADOU demande un rendez-vous à Hambak tout juste après la remise de deux passeports au Président Gbagbo. A l’entame des discussions, le chef de la délégation du Fpi demande à Hamed, quelles sont les dispositions prises par le Gouvernement pour l’accueil de Gbagbo ? Hamed est étonné…en fait, il s’attendait à ce que le Fpi remercie le gouvernement pour le geste à l’endroit de leur mentor. Car chez lui l’aspect humain des questions politiques devait être un moyen pour résoudre les différends politiques. Notre pays est un beau pays. Mais Quand je lis tous ces témoignages je me pose trois questions :

(1) pourquoi nous les journalistes, on se croit témoins d’histoires qui n’existent pas ?

(2) pourquoi les hommes politiques agissent comme s’ils étaient immortels ?

(3) pourquoi l’opposition agit comme si elle n’aura pas à gérer le même pays qu’elle maudit à longueur de journée quand elle sera aux affaires ?

En politique, il y a trois régulateurs : le droit, la mort et la maladie.

Et aucun homme politique au Pouvoir et dans l’opposition n’a le monopole absolu sur ces facteurs. D’où la nécessité d’être humbles. Et ça commence par savoir parler.

La vie et la mort d’Hamed sont de véritables leçons pour les hommes politiques de Côté d’Ivoire. Et au moment où on analyse avec minutie les résultats des élections législatives de 2021, notamment la débâcle de certaines personnalités politiques, les hommages rendus à Hamed permettent de dresser le portrait-robot du politicien idéal pour les populations, toutes tendances confondues.

  1. Réussite sociale sans diplôme

Hamed n’est pas sorti des grandes écoles de Paris ou de Washington. Mais dans sa carrière politique et professionnelle il a gravi tous les échelons. Il connaissait ses limites mais il était sans complexes. Il en était sans complexes…Du fait que la vie est un challenge permanent et ce ne sont pas les parchemins qui font la réussite sociale.

  1. Savoir d’où on vient

Hamed n’a jamais oublié ni ses origines sociales ni ceux qui vivent aujourd’hui la situation qu’il a vécue lui-même. Ceci lui a permis de comprendre les petits gens comme les grands de ce monde. Il était non seulement proche d’eux mais les tirer de leur situation de précarité était son obsession. Sa fondation qui porte le nom de sa génitrice, Fondation Mayama en était l’instrument principal.

  1. Esprit d’équipe et de promotion des valeurs

Tout au long de sa carrière managériale et politique, Hamed s’est fait entourer de personnes dont il était fier de faire la promotion autour de lui. Contrairement à beaucoup de politiciens, il ne cherchait pas à étouffer ses collaborateurs. Il allait partout avec eux et les présentait fièrement à sa hiérarchie et à ses partenaires. Pour Hamed, chacun avait son Destin que nul ne peut changer sans la volonté de Dieu.

  1. Engagement politique et professionnelle

Hamed est un enfant de la politique. En Afrique, la politique comporte beaucoup de risques. Et Hamed les a bravés sans reculer quelques soient les circonstances, parfois même au risque de perdre business et fortunes. Hamed n’est pas venu à la politique pour se faire de l’argent. Il y était par idéal et pour le goût de la Justice. Il avait horreur de l’injustice.

<<Je ne conçois pas le politicien comme quelqu’un tous les jours en costume-cravate déconnecté des réalités du peuple. Un bon politicien est celui qui est au contact des peuples pour connaître leur quotidien. Je n’ai pas changé, c’est vrai, j’ai peut-être de beaux habits une belle voiture une grande maison, mais je reste le même Hamed. Le petit Hamed d’Adjamé qui dormait sur les nattes et qu’on envoyait acheter de la glace. Pourquoi changer ? Aujourd’hui les gens sont impressionnés par Ma sécurité et mes responsabilités donc ils m’appellent Mr Le Ministre sinon remarquez bien, la plupart des gens m’appellent Hamed, et beaucoup sont plus à l’aise à m’appeler Hamed. Le peuple me connaît je n’ai pas mis de barrière entre le peuple et moi.

Je ne peux pas avoir et ne pas en donner, quand vous êtes en haut, un jour vous pouvez descendre et quand ça arrivera les gens qui vous attendent en bas vous demanderont quand tu étais en haut là tu as aidé qui ? Tu as fait quoi pour qui ? Dieu m’a fait grâce alors je partage. Moi je viens d’en bas, donc du mieux que je peux j’aide les gens qui y sont toujours.>>

  1. Fidélité politique

Hamed incarne la fidélité en politique. Il a une trajectoire politique cohérente. Dès son jeune âge, il s’est engagé pour Houphouët et pour Alassane qui incarne pour lui la meilleure façon d’incarner l’houphouetisme authentique.

  1. La reconnaissance

Hamed était bien reconnaissant aussi bien à ceux qui l’ont aidé dans sa réussite sociale qu’à ceux qu’il a côtoyé à un moment de sa vie de galère. Quand il en rencontrait la première question qu’il posait c’était ; que fais-tu le gars ?

Quel que soit la réponse, Hamed se croyait obliger faire quelque chose. Il ne fuyait pas son passé et ses compagnons d’hier.

  1. L’écoute active et la recherche permanente du compromis

Hamed savait écouter l’interlocuteur le plus difficile, le plus opposé à lui politiquement. Il ne voyait pas en lui un ennemi éternel mais plus un allié potentiel demain. Il voyait en chaque adversaire politique, un relais probable en cas de difficultés éventuelles.

  1. Réalisme politique et humanisme

Hamed savait que les antagonismes politiques étaient porteurs de désespoir et de destruction. Il n’en voulait pas. Et chaque fois que c’était possible, il faisait de son mieux pour l’éviter et pour rapprocher les antagonistes.

  1. Franchise

Hamed était franc. Il était vrai. Il n’avait pas une vision politicienne des rapports humains. Pour lui, la politique était autre chose que la malice ou un instrument de domination de l’autre.

  1. Incarnation de l’espérance de la réussite dans la vie sociale

Hamed voulait dire aux jeunes de ne jamais désespérer et que tout est possible même sans diplôme et sans parents fortunés. On peut naître sans avoir une cuillère en or entre les dents mais terminer avec le diamant sur la tête. Hamed faisait rêver les gens sans diplôme, les gens sans relations haut placés, les gens qui croyaient en la vertu du travail assidu….

  1. La passion du service public

Hamed était un passionné du service public et du développement de son pays. Il voulait que son pays soit parmi les meilleurs. D’où son admiration sans limites pour son Mentor avec qui il partageait cette passion et cette obsession.

  1. Le travail contre les handicaps

L’une de ses interventions :

« Le plus important pour, c’est le travail. Le travail bien fait. Être capable de saisir les opportunités et d’en tirer profit. Moi j’ai presque tout fait, boîte de nuit, restaurant, radio, journal, studio d’enregistrement, production d’artiste etc. je n’ai malheureusement pas fait de longues études et ce déficit qui peut être vu comme un handicap dans le milieu dans lequel j’évolue. A chaque fois que je suis nommé quelque part on dit ‘‘ le poste est trop gros pour lui’’, par la suite mes résultats me donnent raison et quand on m’enlève de là, ces mêmes personnes se plaignent. ‘‘Pourquoi vous enlevez Hamed de là ? j’ai toujours vécu avec le complexe du ‘‘ Il ne peut jamais faire ’’ et au final je fais.

Vu que je n’ai pas de grands diplômes on est 2 fois plus exigeant envers moi alors je travaille 3 fois plus pour être au-dessus des challenges qu’on me confie.je n’ai pas les grandes écoles, mais j’ai fait la plus essentielle, celle de la vie. N’ayez pas honte de ce que vous êtes, n’ayez pas honte d’où vous venez. Travaillez !! le travail corrigera tout ça ».

Hamed BAKAYOKO, Fils de Anliou BAKAYOKO et de Mayama BAKAYOKO

 

Chronique du Vendredi par Fatim Djamilah